Paris Web 2010, ce que je n’ai pas aimé

10.17.10 / accessibilité / bertrand keller

Oui, bon c’est vrai, Paris Web est la meilleure conférence du monde, faut le dire et le répéter. La version 2010 n’a pas déçue loin de là, l’organisation est vraiment au top. Tout en simplicité.

Pourtant, comme chacun le sait, je ne suis jamais content et je trouve toujours un truc à reprocher. Pour tout dire, ce reproche ne concerne pas vraiment Paris Web, mais plutôt l’ensemble des intervenants du monde du web au sujet du libre.

Le web, c’était mieux avant

Voilà encore 2 ans quand on parlait avec un développeur, le discours était clair : microsoft, ce sont des mauvais, ils font de la merde, vive le libre, firefox vaincra ou encore c’est vraiment dommage cette situation de monopole de la part d’une seule entreprise, ça limite l’innovation.

A cette époque on se battait pour faire installer le navigateur firefox à sa famille et à ses amis, limite on passait l’ordinateur de mamie sous un linux pour enlever des parts de marchés à windows le toutbuggué.

Toute la salle se levait en applaudissant ce discours d’un monde meilleur contre les grandes sociétés américaines, chacun se pavanait dans les rues avec des badges des couleurs oranges pour signifier son engagement dans la révolution en marche.

Point sur l’écologie industrielle

Pour ceux qui n’ont pas bien suivi les cours au lycée, nos grandes revues papiers nous présentent de très grands articles didactiques pour nous expliquer que notre planète est en danger ; en cause la disparition de la biodiversité ou encore la destruction de nos écosystèmes.

La biodiversité, c’est un peu le principe d’avoir suffisamment de variétés d’espèces pour garantir la viabilité d’un système dans le temps. Si une espèce domine trop et qu’un virus arrive, pouf tout s’écroule.

Dans le cas du web, une seule espèce, IE6, pas de concurrence ; résultat plus années de retard prises dans le rendu interface.

Dans le cas du vraie monde des gens qui décident de notre avenir, un seul logiciel : PowerPoint. Résultat, la guerre en Irak (petit raccourci volontaire). Lire PowerPoint, c’est du cinéma :

Tout cela est allé de pair avec la prolifération des consultants. Ils arrivent à deux ou trois, avec leur mallette magique de projection PowerPoint, pour vendre leurs préconisations stratégiques. PowerPoint est leur outil de travail, la slide leur mode de communication principal et, de plus en plus, même le produit vendu au client est fabriqué dès le départ sous forme de présentation.

Ne pourrait-on pas établir la même réflexion avec Excel et l’attitude de nos chères banquiers qui ne doivent analyser leurs décisions qu’à l’observation de flèches qui montrent le plafond ?

Mais alors c’est quoi le rapport avec cette conférence sur le web ?

A Paris Web (avant) dans les amphithéâtres, les orateurs défendaient les standards en invoquant des arguments qui résonnaient dans la tête de ouvriers de la profession : mais tu imagines, dans un monde où tous les navigateurs respecteraient les standards, tu n’aurais plus besoin de coder la même page sous plusieurs interfaces ; ainsi l’accessibilité des contenus serait garantie pour l’ensemble des utilisateurs du monde.

En 2010, sur les genoux, des pommes ; dans les yeux des démonstrations de firefox 4.0 ou autres dernières versions des navigateurs. Dans les oreilles des constats : HTML5 et CSS3, c’est bien mais attention au triple fallback en qui concerne l’affichage des vidéos et aussi au chargement de trois librairies JS pour IE6 plus un patch pour Opéra 9.

L’orateur de Paris Web 2008, il a fait un stage UMP ? Ou alors il s’est foutu de ma gueule en me disant que les standards allaient régler le problème de débogage multi-navigateur ? Là, moi au quotidien, je fais comment pour avoir un site rapide, identique pour tout le monde si je dois gérer trois versions d’IE, trois versions de firefox et intégrer des propriétés qui ne sont pas implémentées de la même manière partout ?

Sinon, tu veux en venir où bertrandkeller ?

Ok, j’y viens, pour tout remettre à plat. Dans le développement informatique, il est toujours de très bon ton de défendre le logiciel libre contre les grands monopoles pour garantir nos libertés (hadopi, loppsi, tout ça) ; pourtant à Paris Web tout le monde a un mac.

A Paris Web, on défendait un web accessible à tous, un web avec des pages propres, une sorte d’universalisme ; pourtant, je n’ai entendu aucune critique sur la position dominante qu’on pourrait imaginer pour webkit sur le web mobile (d’où le chapitre sur les écosystèmes).

Conclusion

L’apparition récente de HTML5 et CSS3 implique, évidemment, une phase transitoire durant laquelle nous devons gérer ces différentes versions de navigateurs. Il n’est pas interdit de tripper sur les possibilités futurs des navigateurs web. Le tout est de bien spécifier que, même s’il faut s’y intéresser, ces technologies ne sont pas encore tout à fait mûres.

En dehors de ça, je note qu’on passe d’un espace de développement dominé, précédemment par windows, à un espace de développement dominé par macOS. Personnellement, je trouve cela dangereux pour notre industrie dans le futur. J’aurais souhaité plus de recul face à cette situation dans une conférence de la renommée de Paris Web.


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Commentaires ( 9 )

[…] Paris Web 2010, ce que je n’ai pas aimé par Bertrand Keller […]

Paris Web 2010, c’est toujours un succès | Thin:Media ajouté le déc 05 10 à 06:41

Je suis bien d’accord avec toi ! J’ai eu la discussion avec un évangéliste de Mozilla sur la notion de « one web » et j’ai eu comme réponse : le « one web » je n’y crois plus. En gros sommes nous condamnés à un web avec une caste dominante (apple webkit google) puis un second web avec par exemple opera mini sur mobile ? Au final aurons nous un web pour une certaines élites sociales occidentales et un autre web pour le reste ?

jonathanulco ajouté le oct 18 10 à 15:45

Rapidement je réponds (on me pardonnera l’effet télégraphique, mais la fatigue aidant…)

1. moi j’ai deux PC, un pour le taf sous Windows et un perso sous linux. Plus que jamais l’accessibilité et l’intéropérabilité sont mon quotidien

2. Le « One Web » je n’y croyais pas il y a quelques années parce que les navigateurs embarqués sur les téléphones étaient rudimentaires. J’y crois bien plus aujourd’hui que les téléphones milieu à haut de gamme embarquent des vrais navigateurs graphiques fondés sur les mêmes moteurs que les navigateurs de bureau.

3. Je partage ton inquiétude, Bertrand. La communauté doit être vigilante.

Stéphane Deschamps ajouté le oct 19 10 à 00:24

Salut,

Très bonne réflexion qui rejoint ce que je pense de la schizophrénie qui touche les meilleures bonnes volontés lorsqu’il s’agit de dire ce qu’on fait et de faire ce qu’on dit. Tout ça pour montrer qu’à 20 ans on n’a pas raté sa vie parce qu’on possède un ordinateur po(r)table à plus de 2 000 euros ^^

bruno bichet ajouté le oct 20 10 à 11:49

Mes propos n’ont pas été très bien retranscrits Jonathan :)

1) Le One Web effectivement, je n’y crois pas. Je n’y crois pas dans le sens « un seul code to rule them all ». Les ordinateurs fixes, les tablettes, les mobiles, les TV, etc sont des périphériques avec des caractéristiques différentes. Taille de l’écran, périphérique d’entrée (clavier, doigt, télécommande), connectivité (accès rapide ou lent), puissance, etc.

On ne peut pas coder une seule fois avec toutes ces spécificités (on ne dit plus contraintes, hein Stéphane ;) ). Par contre, je crois au OneWeb du côté des technologies. Aujourd’hui, on utilise les mêmes technos pour distribuer son produit sur tous ces périphériques, et ça passe par le web. Du coup, on peut reprendre des bouts de code pour tous les périphériques.

2) Concernant le débogage multiple qui est toujours la règle, on a quand même des pratiques bien plus propres qu’il y a quelques années. Aujourd’hui, on code une fois la bonne version qui marche dans tous les navigateurs la supportant et on code une deuxième pour le fallback. Si on ne veut coder qu’une fois, il faut rester dans l’ensemble des technologies supportées par les navigateurs cibles. Mais les technos propriétaires ont le même souci. Je développe un logiciel pour iPhone, je dois faire un choix entre utiliser les capacités des dernières versions hardwares ou me limiter à une version précédente ou coder les deux versions. Je dois aussi tester sur les différents matériels et versions logicielles.

Donc on peut pas faire beaucoup mieux côté techno ouverte. Au moins, les pratiques où il y avait 3 manières de faire la même chose selon le navigateur sont en train de disparaître.

3) Concernant la supériorité actuelle de WebKit sur le mobile, oui elle est inquiétante. Les technos ouvertes sont toujours tiraillées entre le besoin de diversité pour un écosystème riche et l’envie d’unicité pour se simplifier la vie. C’est cyclique. Sur le mobile, on est dans la phase unicité surtout parce que l’essentiel des gens surfant sur le web utilisent du WebKit (Opera Mini n’est pas vraiment un navigateur mais plutôt un visualisateur d’images avec des liens). Mais avec l’arrivée de Firefox et Opera sur Android, j’espère que ça va bouger un peu. Et puis au fur et à mesure que le temps avance, les sites « développés pour WebKit » seront de plus en plus compatible avec les autres puisqu’ils reposent sur des standards.

4) « En dehors de ça, je note qu’on passe d’un espace de développement dominé, précédemment par windows, à un espace de développement dominé par macOS » Mais c’est génial ! Ça veut dire que les développeurs peuvent utiliser l’environnement de développement qu’ils veulent pour travailler. Si ça c’est pas la promesse d’interopérabilité du web en action ! Et je ne suis pas trop d’accord sur le fait que ce soit « dominé » par Mac. Dominé ça sous-entend une part de marché écrasante, ce n’est pas le cas.

Fiou, c’était plus long que je ne pensais. Il doit y avoir des trucs confus au milieu.

Anthony Ricaud ajouté le oct 20 10 à 11:49

J’aurais souhaité plus de recul face à cette situation dans une conférence de la renommée de Paris Web.

Tu proposes quelles alternatives ? Quel rapport avec ParisWeb ?!

David, biologeek ajouté le oct 20 10 à 12:01

Oui, il faut toujours être prudent. Oui, il faut faire attention, et ne pas partir d’un monopole pour en recréer un autre.

Pendant des années, j’ai utilisé windows, puis, je suis passé en full linux avec firefox, et ce pendant pas mal d’années. Mais au bout d’un moment, l’interface, que ce soit KDE ou gnome m’a déçu, la gestion des paquets, ça par contre, c’est cool. Mais c’est encore trop « root ». Toujours à farfouiller dans un fichier de conf pour arriver à faire ce qu’on veut, toujours obligé de compiler des trucs pour faire marcher une clé usb wifi, etc…
Du coup, je me suis acheté un macbook. Pour tester. Deux ans après, et un déménagement. Ma tour avec linux est dans le placard et je suis sur mon macbook, uniquement.
Je télécharge un dmg, je clique, ça s’installe, c’est déjà configuré.

Au boulot, j’utilise un mac aussi. Au départ, c’est plus parce qu’il fallait quelqu’un pour utiliser cette machine et pour tester nos sites sur les navigateurs sous mac. J’utilise firefox pour le taf en navigateur principal, puis safari et chrome.
Chez moi, j’utilise safari, mais dès que je veux bosser sur un site, je reprend firefox.

Si pendant des années on étais « tous » sous windows, c’est un peu parce qu’il n’y avait pas grand chose d’autre. Linux a commencé à devenir une alternative correcte, et d’un coup (ou pas), mac avec OSX est devenu séduisant aussi. On peut enfin faire autre chose que du photoshop et de l’illustrator sous mac. Et l’interface simplissime y est surement pour quelque chose.

OK, il y a aussi l’effet de mode. Mais pour certains, ça ne compte pas. Moi je veux une machine qui marche, qui ne plante pas et qui soit facile d’utilisation. Que ce soit windows, linux, mac, ou peut importe quoi d’autre, je veux que ce soit simple et que je ne me prenne pas la tete, j’ai plus 14 ans, et je ne passe plus mon temps à bidouiller.

Si actuellement, mac reprend un peu de part de marché, c’est sans doute pas qu’a cause du marketing.

Pour le one web. J’ai encore du mal, surtout depuis l’arrivée des appli. Genre les appli iPhone/iPad et les appli androide. Il faudra (peut etre) aussi compter avec bada (ahah) de samsung, et WM7 devrait sortir son truc (y’a pas de raison). Alors ok, c’est des appli, mais des appli connectées, qui utilisent http, et qui sont, bien souvent, une réplique du site web (damned).
Quand je vois les gens utiliser leur iPhone, la plupart ne lancent jamais safari dessus. Ils n’utilisent que les appli.

Bref, peut importe ce qu’on utilise, c’est pas parce qu’on est sous mac qu’on est un con, pas plus que si on utilisait windows ou linux. Déjà on a le choix, et c’est ce qui compte.

JS ajouté le oct 20 10 à 12:12

Tout d’abord, je remarque que je fais remonter un sujet beaucoup plus large que la simple conférence sur le développement front-end. Celui du libre, de la liberté sur le web.

J’aborde des notions de militantisme qui peuvent être considérés comme très limites par rapport à la conférence dites « technique » (faut pas mélanger).

A ce sujet, les années précédentes, nous avons déjà eu des ateliers sur les questions des données privées. Ce fut très intéressant.

Le rapport avec Paris-Web est que les grosses évolutions au niveau du droit et des positionnements stratégiques de certaines sociétés amènent à voir de manière différente la réalité du web de demain (net neutrality, par exemple).

On entend chaque année, la complainte de l’intégrateur sur ses conditions de travail (lui l’ouvrier du web). Mais sait-il quel sera son avenir si on ne lui présente pas l’histoire de son métier et ce que l’on prépare pour demain ? Comment son métier peut véritablement évoluer ?

En gros, l’occasion d’une aussi grande réunion de développeurs front pourrait permettre de discuter des problématiques plus larges sur cette construction de l’espace web (dans le sens où c’est pas tout les jours qu’on voit autant d’intégrateurs).

Mais encore une fois, ne mélangeons pas tout. Je pense aborder la problématique d’un groupement ou encore d’une sorte de syndicat qui pourrait affirmer des vraies positions sur le métier. Mais est-ce nécessaire, y a-t-il un réel rapport avec Paris-Web ?

En tant que citoyen, j’essaye de défendre la liberté, que ce soit sur la place du village ou sur un espace électronique. Nous avons un rôle très important dans l’aménagement de ce monde virtuel et pourtant nous ne faisons que suivre le marché (pour ceux qui peuvent le faire). Comment pouvons nous défendre les plus faibles ?

J’ai beaucoup de questions, surtout des questions ?

bertrand keller ajouté le oct 20 10 à 13:05

pour rebondir sur le triple fallback à effectuer pour faire marcher un bout de HTML5 cross-browser : oui on en est là, et je ne vois pas en quoi ça gène un libriste ?
au contraire, on essaye par ce biais de pousser dans le sens des standards, qui sont la voie royale pour un web constructible par n’importe qui.

C’est vrai que la question n’a pas été abordée à Paris Web et qu’il est inquiétant que tout le monde développe sur mobile en visant l’iPhone, faisant de ce Webkit le futur IE6, mais je pense que les développeurs Web ont gagné en maturité (et donc aussi en cynisme) et commencent à le réaliser, et à faire attention à la compatibilité cross-mobiles

Et pour reprendre ce que dit anthony : le « One Web », on s’en approche au niveau technique et c’est bien, mais les contraintes sont tellement différentes entre devices que j’abandonne de plus en plus l’idée de faire le même code pour tous, et ça n’est pas une question de philosophie mais d’interface.

jpvincent ajouté le oct 20 10 à 13:48

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