Pourquoi ai-je quitté le monde du spectacle ?

Christian Fauré répond à une question que personne ne se pose à mon propos : Le web comme remède à l’épuisement des politiques culturelles européennes. Pour quel raison Bertrand Keller travaille-t-il aujourd'hui dans le web et pas dans le spectacle ?

Bien sûr il y a des artistes et des institutions qui comprennent les enjeux des industries culturelles et des technologies de l’esprit, et même nombreux parmi les jeunes talents sont très immergés dans des pratiques et des activités numériques. Mais seuls, il ne peuvent pas faire une politique européenne des technologies de l’esprit, il ont besoins des puissances publiques, sous toutes leurs formes : territoriales, régionales, nationales et européennes. Il faut que toute la chaîne des acteurs de la culture, et jusqu’aux publics qui ne demandent qu’à participer, soit impliquée.

Le web est précisément le lieu où il est possible que les logiques de l’épuisement trouvent des alternatives, là où l’intelligence collective peut émerger, et où des logiques participatives peuvent inscrire la culture dans autre chose qu’un lieu protégé, sous perfusion, qui ne peut offrir que des rhétoriques de la résistance et des politiques de l’exception culturelle.

Je dois évidemment remercier Christian pour avoir mis des mots sur une réflexion que j'ai été incapable d'expliquer il y a quelques années (surtout que peu de gens pouvaient comprendre). La culture en France et en Europe est victime de l'impuissance publique. Ars Industrialis pointe la responsabilité de ces institutions qui chapeautent la culture et propose de les redéfinir.

La stratégie Bernard Stiegler est périlleuse, elle vise (pour faire simple) à relancer l'Europe par la culture et éviter sa désintégration. Il aimerait que l'on opère un changement de modèle industriel dans la douceur, à partir des structures existantes, faire changer les mentalités. Pendant ce temps, face à la tournure que prennent les choses, d'autres personnes pensent qu'il faudrait plutôt privilégier l'action (ne rien espérer des puissances publiques), sinon cette attente d'un changement (providentiel) ne serait que du temps perdu.

Mais combien faudra-t-il de révélations rocardiennes parmi nos politiques et les membres de la commission européenne avant que l’Europe fasse sa révolution copernicienne de la question culturelle ?