Le good enough! n'est pas incompatible avec la qualité

A trop bloguer, on commence à dire n'importe quoi. Francis Pisani est pourtant quelqu'un de respecté, quelqu'un qui dégage des réflexions profondes sur les nouvelles technologies ; pourtant, son dernier message sur le good enough! confond les concepts d'exigence et de qualité : Nouvelle tendance lourde: ce qui est Good enough! (pas mal).

“Ne croyez pas au mythe de la qualité!” hurle Clay Shirky depuis son fauteuil de prof de new media à NYU. Les entreprises qui misent là-dessus se gourent. On sait depuis Clayton Christensen que les technologies perturbatrices commencent toujours par s’imposer alors qu’elles ont moins de qualité que celles qui dominent et que les pros y trouvent une bonne raison de les dédaigner.

A ce qu'il me semble, la diffusion d'une technologie ou d'un produit ne dépend pas directement de sa qualité, elle dépend des nouvelles expériences usagers proposées. Les utilisateurs utilisent un produit pour le côté pratique, la facilité d'utilisation. Ce qu'ils aiment c'est manipuler le contenu et découvrir de nouvelles expériences.

Second exemple : les MP3. Le son est moins bon que sur un CD mais on peut en gaver nos iPods et les faire circuler sur l’internet. C’est plus commode, donc… Good enough.

Bon exemple, le mp3 est un bon format pour la compression de fichiers audios ; c'est un format de qualité. Grâce à son faible poids, il permet l'écoute de morceaux musicaux ou de podcasts sur un appareil transportable ; le mp3 permet la mobilité, c'est vraiment génial. Néanmoins pour l'écoute dans des conditions optimales sur une chaîne HiFi, la compression n'est pas de qualité suffisante car il ne profite pas de la gamme de fréquences disponibles sur des enceintes de salon.

Donc la qualité de compression est adaptée à une certaine pratique. Le format est de qualité, mais la qualité du format n'est pas la plus élevée.

Je commence à comprendre pourquoi l'industrie française tourne en rond et met sur le marché des produits médiocres. Parfois, j'ai l'impression qu'on recouvre des notions appliquées depuis la nuit des temps et qu'il nous faut qu'un pauvre universitaire nous ponde un article pour qu'on crie à la révolution.

La qualité correspond à une pratique qui garantie la meilleure correspondance entre une exigence de départ et un produit (c'est une définition à moi).

Le principe du good enough! est de dire que pour couper le beurre, un couteau suisse est mal adapté. Certes, le couteau suisse est de meilleur qualité, oui il propose une lime à ongle, il est compact et léger, mais il ne permet pas de couper le beurre parce qu'il est trop difficile à nettoyer. Et moi, je préfère un bon couteau à beurre (certains préfèrent le fil) de qualité et qui dure quelques années, plutôt qu'un pauvre truc en plastique pourri qui va finir dans une poubelle.

Si je devais faire quelques raccourcis sémantiques, vous pourriez découvrir l'énormité de ce billet et le malheur des erreurs de traductions. La qualité est attribuée à un produit, avec un temps de vie important, qui répond à un usage de manière optimale pour un coût minimal.

La qualité se rapproche de ce qui est durable. Durable que l'on associe aujourd'hui à l'écologie, ce qui donne développement durable. Négliger la qualité c'est dire qu'un produit n'a pas besoin de répondre totalement à un usage et n'a pas forcément nécessité à exister dans le temps. Ce qui correspond à la définition d'un beau produit de merde qui va finir au fond d'une poubelle.

Je suis complétement d'accord avec les commentaires de ce billet, médire la qualité c’est accepter la médiocrité. Nous pouvons réduire le périmètre de nos exigences et privilégier une amélioration continue plutôt que rogner sur la qualité. Les avancées de notre civilisation devraient se réaliser dans le long terme et non pas dans le court terme.

Le good enough peut être une bonne chose à condition de l'inscrire dans une démarche durable.

Je voudrais qu'on puisse dire un jour : "Skyblog, plus jamais".