L'avénement de la civilisation du flux

Thierry Crouzet planche actuellement sur son prochain livre et nous délecte de quelques définitions qui serviront à étayer son propos.

civilisation du flux

Il définit trois temps civilisationnels qui se distinguent par leur moyen de conserver et communiquer la mémoire de la tribu :

  • Mythe -Les légendes
  • Histoire - Les documents écrits
  • Flux - L'écoulement de paroles, de documents écrits statiques ou dynamiques

L’écrit est à l’Histoire ce que le flux est à la nouvelle époque. Parler d’époque peut d’ailleurs être trompeur. Comme la Mythologie se continua dans l’Histoire, la Mythologie et l’Histoire se continuent dans le Flux (j’espère que mon graphique le fait bien comprendre). De nouvelles possibilités s’ajoutent qui ne font pas disparaître les anciennes.

Voilà une bien belle réflexion sur la manière de se communiquer les histoires que nous partageons. C'est en analysant notre passé que nous pouvons construire notre avenir. Sans cette perception d'une inscription dans un groupe à travers le temps, notre être ne peut que se retrancher sur des instincts grégaires les plus simplistes.

Que nous soyons dans l'avénement dans la civilisation du flux est une chose. Pour autant nous pouvons nous poser la question de savoir si notre famille, nos amis, notre société conserve une histoire suffisament partagée pour que nous puissions nous comprendre et continuer à communiquer.

Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), pense que nous sommes soumis à une inflation mémorielle.

Notre demande de mémoire a grandi plus vite que notre capacité à produire de l'histoire. Voilà ce que j'appelle l'"inflation mémorielle". Trop de mémoire tue l'histoire. Paradoxalement, faute de repères historiques clairs, nous nous réfugions dans la nostalgie, aggravée aujourd'hui par le phénomène d'Internet, qui fait mémoire de tout. Désormais, le concept s'est privatisé : on ne se contente plus du quart d'heure de célébrité promis à chacun par Andy Warhol, tout le monde veut sa part de mémoire, à travers lui-même, à travers le numérique.

Autrefois, il y avait une organisation de la mémoire fondée sur une raison critique, qui s'incarnait dans les bibliothèques, les musées ou les archives, mais cela n'a pas empêché l'émergence de toutes sortes de discours souvent caricaturaux sur l'Occupation, la Résistance ou la décolonisation. Le couple identité-mémoire fondé sur l'émotion a pris le pas sur le couple identité-histoire fondé sur la raison, créant un rapport de doute, d'interrogation sur ce que nous sommes.

Qui sommes nous, où allons nous ? Pour constuire des repères à notre société, Emmanuel Hoog propose une politique de la mémoire. L'idée n'est pas inintéressante ; elle mérite réflexion.

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