Les mirages de l'économie du libre

Sébastien Broca édite un article sur les écrits de différents auteurs ayant pour sujet les mutations sociales liées à la nouvelle industrie numérique. Le modèle d'organisation des communautés tournées sur le logiciel libre est souvent présenté comme un modèle social d'avant garde. Cependant d'une part la création numérique ne touche pas tous les secteurs de la société et d'autre part le principe relationnel de ces groupes n'est pas aussi égalitaire qu'il le laisse entrevoir.

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Aussi bien que Marx et Engels avaient étudié la condition de 250 000 ouvriers des usines de Manchester pour établir des règles concernant la société industrielle et son évolution probable ; des philosophes comme Pekka Himanen, Yann Moulier Boutang, Antonio Negri et Michael Hardt basent des théories sociales à partir du mode de fonctionnement des communautés du logiciel libre.

La critique de Sébastien Broca tient à son observation de la hiérarchie de certaines organisations.

En matière de démocratie, les choses sont nettement plus compliquées. Ainsi, il y a rarement unanimité sur l’identification et la hiérarchisation des « problèmes » auxquels la collectivité se trouve confrontée. On peut même dire que la discussion sur les fins de l’action politique est inéliminable : celles-ci sont toujours objets de litige.

Il va même plus loin en différenciant deux types de rationnalités ; une scientifique et l'autre politique.

La référence à une hypothétique « démocratie open source » importe donc indûment dans le champ politique la rationalité technique et scientifique, au détriment de la rationalité proprement politique. Autrement dit, elle néglige le rapport de la politique à l’opinion, considérée en tant que catégorie épistémologique. Ainsi, dans le recouvrement de la doxa par l’épistèmê, et dans le remplacement du débat contradictoire par la collaboration en réseau, ce serait bien l’essence des enjeux et des procédures démocratiques qui serait perdue.

Les communautés du libre représentent en quelque sorte des sociétés idéales dont les codes acceptés par la majorité fabriquent une réalité sociale ponctuelle. Malgré l'extension de l'usage d'interface numérique, la mise en pratique de l’éthique hacker (Pekka Himanen) ne serait finalement possible que dans des secteurs très spécifiques, pour les professionnels de l’information, les artistes, ou les chercheurs.

Finalement, je rejoins la conclusion de l'artiste qui pointe un déficit flagrant sur un sujet qui est le partage des richesses.

Elles tendent parfois aussi à occulter des traits particulièrement frappants de notre époque : montée inouïe des inégalités, déséquilibres écologiques, etc. On pourra ainsi regretter que le discours sur le partage de l’information ne s’accompagne que trop rarement d’un discours sur le partage des richesses, ou des ressources naturelles.

Du logiciel libre aux théories de l’intelligence collective.