Facebook va manger nos vies

Non, Facebook n'a jamais affirmé qu'elle n'était pas le diable. Elle n'a jamais affirmé son amour sans fin pour le logiciel libre, ni pour le respect de la confidentialité des données de ses abonnés. Alors cette société veut maintenant posséder toutes les données de ses utilisateurs, de tous les utilisateurs du web et devenir, finalement, tout simplement, LE web.

Comme le dit le célèbre cofondateur de linkfluence, Guilhem Fouetillou, à propos de l'Open Graph (Facebook : de la nécessité de protéger ses données relationnelles) :

Ce graphe situe les individus au sein de leur réseau social et l'appartenance à des groupes contextualise ce réseau par les centres d'intérêt des individus (voir illustration). L'analyse de la structure de ce simple graphe permet donc de décrire avec une précision étonnante les positions sociales des individus et leurs préoccupations.

C'est ce que vient, d'ailleurs, d'annoncer le président de Facebook, Mark Zuckerberg (Facebook F8: One graph to rule them all) :

We're going to connect all of those different graphs together to form the Open Graph, and when we connect all of those graphs together, the Web is going to get a whole lot better

On va faire un seul énorme Graph géant que tout le monde va alimenter avec ses données, alors que nous on va rien filer du tout. On va devenir le web. En plus, les gens vont faire ça gratuitement, on va se la pêter pendant des années, avant de comprendre que les gens ne seront plus des vraies personnes mais seulement des avatars et que notre base est totale pourrie.

D'ici là, vous pouvez déjà commencer à ne pas laisser vos donner être librement désservies par la pieuvre (Facebook : Protégez votre vie privée, désactivez Open Graph):

Open Graph, c’est un joli concept en apparence, mais un gros bousin tout moche lorsqu’on gratte un peu. Alors, oui, faire interagir la puissance de Facebook avec tous les sites qui le veulent, c’est intéressant. Vu autrement, ça veut aussi dire partager toutes vos données avec l’ensemble de ces sites. Et là, je suis moins d’accord.

Oui, pas d'accord parce que Facebook va devenir le passage obligé, le modèle économique. Fabrice Epelboin nous dresse un constat terrible de l'importance de Facebook (Pourquoi la presse doit tenir compte de Facebook au plus vite) :

Facebook est un concurrent redoutable pour ce qui est de retenir l’attention dans un contexte local. Une minute passée sur Facebook est une minute qui ne sera pas passée sur un autre site web. Facebook deviendra de plus en plus intéressant au fur et à mesure qu’ils agrégeront des données sur ce que ses utilisateurs font et sur la façon dont ils réagissent au web dans son ensemble.

Dès lors, il n’est plus suffisant pour les sites web de construire de bon sites web, ils doivent mettre en place des contenus destinés à apparaitre et à être disséminés sur Facebook, et prévus pour créer de la valeur sur leur titre. Ce n’est pas infaisable, mais cela relève d’un changement radical des priorités.

Camarades, camarades, réveillez vous dites le autour de vous, c'est notre métier qui est en jeu :

Les journaux n’ont plus besoin de developpeurs web traditionnels, ils ont désormais besoin de developpeurs Facebook (et de community managers), ainsi que d’experts qui peuvent travailler avec leurs services marketing afin d’imaginer et de créer des expériences uniques et de tirer parti des possibilités du Social Graph.

C'est un peu comme la délocalisation des entreprises industrielles, on externalise les travailleurs pour ne garder que la matière grise ; une matière grise constituée de marketeux, soutenu par leur armada de stagiaires loggués sur leur éditeur de texte : Facebook introduces Docs, based on Microsoft Web Office.

Je sais, je suis un peu énervé, mais un monde sans concurrence, un monde de monopole d'entreprises privées, qui connaît toute la vie privée des gens : ça m'énerve.