Paris Web 2010, ce que je n'ai pas aimé

Oui, bon c'est vrai, Paris Web est la meilleure conférence du monde, faut le dire et le répéter. La version 2010 n'a pas déçue loin de là, l'organisation est vraiment au top. Tout en simplicité.

Pourtant, comme chacun le sait, je ne suis jamais content et je trouve toujours un truc à reprocher. Pour tout dire, ce reproche ne concerne pas vraiment Paris Web, mais plutôt l'ensemble des intervenants du monde du web au sujet du libre.

Le web, c'était mieux avant

Voilà encore 2 ans quand on parlait avec un développeur, le discours était clair : microsoft, ce sont des mauvais, ils font de la merde, vive le libre, firefox vaincra ou encore c'est vraiment dommage cette situation de monopole de la part d'une seule entreprise, ça limite l'innovation.

A cette époque on se battait pour faire installer le navigateur firefox à sa famille et à ses amis, limite on passait l'ordinateur de mamie sous un linux pour enlever des parts de marchés à windows le toutbuggué.

Toute la salle se levait en applaudissant ce discours d'un monde meilleur contre les grandes sociétés américaines, chacun se pavanait dans les rues avec des badges des couleurs oranges pour signifier son engagement dans la révolution en marche.

Point sur l'écologie industrielle

Pour ceux qui n'ont pas bien suivi les cours au lycée, nos grandes revues papiers nous présentent de très grands articles didactiques pour nous expliquer que notre planète est en danger ; en cause la disparition de la biodiversité ou encore la destruction de nos écosystèmes.

La biodiversité, c'est un peu le principe d'avoir suffisamment de variétés d'espèces pour garantir la viabilité d'un système dans le temps. Si une espèce domine trop et qu'un virus arrive, pouf tout s'écroule.

Dans le cas du web, une seule espèce, IE6, pas de concurrence ; résultat plus années de retard prises dans le rendu interface.

Dans le cas du vraie monde des gens qui décident de notre avenir, un seul logiciel : PowerPoint. Résultat, la guerre en Irak (petit raccourci volontaire). Lire PowerPoint, c'est du cinéma :

Tout cela est allé de pair avec la prolifération des consultants. Ils arrivent à deux ou trois, avec leur mallette magique de projection PowerPoint, pour vendre leurs préconisations stratégiques. PowerPoint est leur outil de travail, la slide leur mode de communication principal et, de plus en plus, même le produit vendu au client est fabriqué dès le départ sous forme de présentation.

Ne pourrait-on pas établir la même réflexion avec Excel et l'attitude de nos chères banquiers qui ne doivent analyser leurs décisions qu'à l'observation de flèches qui montrent le plafond ?

Mais alors c'est quoi le rapport avec cette conférence sur le web ?

A Paris Web (avant) dans les amphithéâtres, les orateurs défendaient les standards en invoquant des arguments qui résonnaient dans la tête de ouvriers de la profession : mais tu imagines, dans un monde où tous les navigateurs respecteraient les standards, tu n'aurais plus besoin de coder la même page sous plusieurs interfaces ; ainsi l'accessibilité des contenus serait garantie pour l'ensemble des utilisateurs du monde.

En 2010, sur les genoux, des pommes ; dans les yeux des démonstrations de firefox 4.0 ou autres dernières versions des navigateurs. Dans les oreilles des constats : HTML5 et CSS3, c'est bien mais attention au triple fallback en qui concerne l'affichage des vidéos et aussi au chargement de trois librairies JS pour IE6 plus un patch pour Opéra 9.

L'orateur de Paris Web 2008, il a fait un stage UMP ? Ou alors il s'est foutu de ma gueule en me disant que les standards allaient régler le problème de débogage multi-navigateur ? Là, moi au quotidien, je fais comment pour avoir un site rapide, identique pour tout le monde si je dois gérer trois versions d'IE, trois versions de firefox et intégrer des propriétés qui ne sont pas implémentées de la même manière partout ?

Sinon, tu veux en venir où bertrandkeller ?

Ok, j'y viens, pour tout remettre à plat. Dans le développement informatique, il est toujours de très bon ton de défendre le logiciel libre contre les grands monopoles pour garantir nos libertés (hadopi, loppsi, tout ça) ; pourtant à Paris Web tout le monde a un mac.

A Paris Web, on défendait un web accessible à tous, un web avec des pages propres, une sorte d'universalisme ; pourtant, je n'ai entendu aucune critique sur la position dominante qu'on pourrait imaginer pour webkit sur le web mobile (d'où le chapitre sur les écosystèmes).

Conclusion

L'apparition récente de HTML5 et CSS3 implique, évidemment, une phase transitoire durant laquelle nous devons gérer ces différentes versions de navigateurs. Il n'est pas interdit de tripper sur les possibilités futurs des navigateurs web. Le tout est de bien spécifier que, même s'il faut s'y intéresser, ces technologies ne sont pas encore tout à fait mûres.

En dehors de ça, je note qu'on passe d'un espace de développement dominé, précédemment par windows, à un espace de développement dominé par macOS. Personnellement, je trouve cela dangereux pour notre industrie dans le futur. J'aurais souhaité plus de recul face à cette situation dans une conférence de la renommée de Paris Web.