Le langage des images, l'intégrateur oublié

Je viens de visionner une petite vidéo qui n'a pas grand chose à voir avec le web, enfin pas au niveau métier ; Alain de Halleux présente un témoignage sur son enquête sur les sous traitants du nucléaire. Il prononce cette phrase sur les ouvriers du secteur qui serait "complètement cernés et bitus" (expression belge signifiant ivre).

Le catalogue produit

Elle est belle ma centrale, elle fournit une électricité propre qui permet aux jeunes de s'éclater dans un appartement en plein centre ville. Tout comme pour le nucléaire ou tout autre secteur, l’appétence passe par une mise en scène élaborée destinée à mettre en valeur l'intérêt d'un produit pour un acheteur potentiel.

Encore sous l'influence du secteur de l'imprimerie, le print comme on dit, les équipes chargées de la relation client élaborent de superbes planches créations. On va y apposer les plus belles couleurs, de beaux effets, des alignements au pixel, des textes à la lettre. On insérera ces belles images dans une présentation dite "powerpoint" et on ira finaliser la conception dans les bureaux d'un client séduit par la beauté des visuels et la promesse de nombreuses options personnalisées.

C'est ainsi qu'on vend une voiture, objet sortit tout droit de chaines de production standardisées et aux options limitées et onéreuses. Éduqué à la lecture sur feuille de papier, le monde de la communication fonctionne sur ce principe plutôt simple, statique, jetable dans lequel un seul sens est sollicité : la vue.

La conception des usages

Parce que c'est le langage (a priori) que tout le monde comprends, les images, la phase de conception des usages reste basée sur ce principe de déclinaison de visuels. De cette manière, le client peu instruit sur les problématiques et règles de fonctionnement technique a la possibilité de faire évoluer ses idées au fur et à mesure.

Si on se restreint au domaine de la conception (d'interfaces) web, deux cas de figures : un dans lequel le client est moteur et où un graphiste va concrétiser les désirs d'un client sur une planche ; et un autre où l'agence est moteur et va faire des propositions, elles aussi sur une planche. Dans un cas comme dans l'autre, la méthodologie de communication et de conception reste basée sur les visuels, c'est-à-dire un moyen imparfait pour discerner et décliner l'ensemble des concepts à valider.

Tout au long du projet, les visuels constitueront la base de référence graphique et fonctionnelle pour l'ensemble des équipes de production. L'image catalogue statique, présentée selon une perspective délibérée, représentera l'objectif à reproduire.

L'intégrateur, seul au monde

Dans cette méthodologie, exclusivement tournée sur les images, l'intégrateur est le premier a avoir le produit en vrai devant lui et à l'observer selon son usage courant. Jusqu'à ce qu'il commence le projet, à aucun moment, le projet n'est sorti des perspectives construites pour une présentation "powerpoint".

Pour remédier à cela, on a déjà évoqué de nombreuses méthodes comme la réalisation de wireframes, de maquettes, des schémas fonctionnels, la présence d'un responsable de l'ergonomie... tout cela évolue. Pourtant, la communication visuelle reste très prégnante.

Dans la cas d'une conception "classique", avec les visuels, entre la finalisation des créations graphiques et la livraison du site, un énorme trou noir dans lequel une partie des déclinaisons sont réellement intégrées et une autre partie fonctionnelle lourde doit être construite.

Comprendre que souvent un client se focalisera sur cette fameuse page d'accueil (la maison, une sorte de vitrine), une page intérieure et ne sera que très peu mis au courant de l'existence de sens de lecture, de cohérence de superposition de zones, de dynamisme de contenu, de messages d'erreurs, d'alternatives textuelles...

Autant d'éléments qui demandent une définition précise fonctionnelle dépendante des objectifs éditoriaux et pour lequel il n'y a que rarement de spécifications.

Loin de travailler dans une centrale, d'avoir la responsabilité d'une explosion nucléaire ; les intégrateurs se sentent parfois comme des travailleurs invisibles, eux aussi. Non intégrés à la phase de conception, considérés comme des exécutants, responsable de la conformité de la totalité d'une site et de la qualité du code... ils ont souvent complètement cernés et bitus.

Prenez soin de vos intégrateurs et faites les voir un peu la lumière. Victime de la communication visuelle qui ne correspond pas à leur besoin, il est nécessaire de changer de manière de discuter et de définir les projets.

Les publicité areva et edf, les événements du japon, la découverte de la réalité et de la merde derrière la carton pâte devrait nous inciter à changer radicalement les choses et à finir avec ce phénomène de cour et de faveur.