Le Cigref vient de publier un dossier L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations : stratégies d’adaptation face aux fluctuations.

Le CIGREF, c’est : l‘association des grandes entreprises et administrations publiques françaises, le CIGREF se donne pour mission de développer leur capacité à intégrer et maitriser le numérique.

Pourquoi ce rapport

Le numérique représente aujourd’hui une part significative de l’empreinte environnementale des organisations, en gros, ça coûte pas mal d’argent ; pourquoi ne pas réduire la voilure et faire quelques économies. Mais pas seulement ! Le numérique est complexe ; la complexité c’est une exposition à de nombreux risques.

Dans les périodes de fortes incertitudes, l’exposition peut avoir des conséquences fatales : vols de données, pertes de clients, dépendance à des entreprises fragiles…

Le rapport annonce dans son résumé les 3 points clefs, que sont :

  • L’amélioration de la résilience
  • La réduction de l’empreinte carbone
  • La maîtrise des coûts

Dans les rédacteurs on trouver des personnes de grande qualité, dont l’activité me semble proche de celle du Numérique Responsable. On retrouvera donc des thématiques très proches de celle des disciplines de la sobriété numérique.

On peut dire que ce document, c’est du sérieux.

Ce qui ne vas pas selon moi

En préambule, sachez que j’ai parlé de numérique Low-tech dès 2019, je développe avec des sites statiques depuis 2015, je continue de développer des solutions Low-Tech pour la publication de données. (Le PDF de cet article est disponible en cliquant sur le lien en dessous du titre)

La forme : pourquoi un PDF ?

Être Low-tech c’est être radical, pas complètement radical, mais radical quand même. Si un des ses objectifs est que la technologie soit utilisable, elle doit l’être dans toute sa mise en place.

Quand l’Atelier Paysan décide de promouvoir du matériel libre et de l’autoconstruction en agriculture, on élimine de facto tout ce qui concerne l’agriculture extensive. On est plutôt sur des fermes de dimension plus raisonnables ; des pratiques de maraîchage respectueuses de l’environnement. On est sur de l’échange de semences, de l’entraide… En gros, on arrive pas avec son SUV pour venir parler de la fin de dans le monde.

Sur le site du CIGREF, sur la page qui présente le rapport, on a bien un résumé du document principal (permettant d’avoir les informations essentielles), mais ce qui constitue le principe de la réflexion reste dans le PDF. La page a un poids de 6 Mo pour 88 requêtes http.

Les documents PDF sont le plus souvent inaccessibles (au sens d’accessibilité numérique), ils peuvent lours à charger, des personnes ne peuvent pas les lire. On les édite par habitude, pour les imprimer et les laisser sur les tables des conseils d’administration. Les décideurs les feuillettent, et gardent quelques informations précieuses, qui vont leur permettre d’orienter ou non des stratégies. C’est pour eux que sont édités ces documents, le reste des lecteurs est secondaire. C’est une pratique de l’ancien monde (où le numérique n’existait pas) qui est perpétuée de cette manière. La chaîne de publication est numérisée, mais pas numérique.

Si vous voulez promouvoir la Low-Tech avec de la conviction en pensant que cela peut avoir un intérêt de baisser la complexité du numérique, il faut déjà avoir soit même compris ce problème fondamental de la transformation de la chaîne de publication ; sinon l’action de transformation n’aura aucun effet. On ne peut pas mettre en place des choses si on ne prouve pas qu’on est soit même convaincu.

Le fond : un énième surcouche organisationnelle

Dans le résumé, on trouve cet élément qui semble important : Questionner le besoin dès la conception.

Cette question, on l’a retrouve dans les politiques de GreenIT, Numérique responsable, Accessibilité Numérique, Sécurité Informatique, d’IA frugale… tout comme celle d’avoir un référent, une maîtrise du processus de compétence, d’avoir un processus de formation, un soutien au projets pilotes, cartographier les services numériques.

Si les questions fondamentales ne sont pas intégrées dès la conception, alors les services vont probablement embarquer des défauts qui vont le rendre fragile ou difficilement utilisable. A chaque fois, je vois ces plans tout à fait cohérents et bien écrits. Seulement, dans les faits, en France on est les champions de la fuite de données en Europe, les politiques Numériques Responsables plafonnent et les stratégies d’Accessibilité Numérique sont au point mort.

Ce document propose donc d’ajouter une équipe transversale à toutes les autres, proposant un autre modèle de manière concevoir… alors que les autres politiques de transformation sont déjà trop peu soutenues dans les grands organismes. Ce qu’on observe c’est que ces politiques touchent le personnel déjà convaincu et peine complètement à convaincre les personnes qui sont beaucoup trop loin de ces réflexions. Sans soutien fort de la direction c’est peine perdue.

De plus, je l’ai déjà expliqué et j’ai vraiment du mal à le faire entendre. L’accessibilité (obligation légale pour ces grands organismes) est la démarche fondamentale pour arriver à la sobriété des systèmes. L’EAA (European Accessibility Act) demande non seulement de questionner le besoin dès la conception, mais elle rend obligatoire une méthode de suivi des risques pour les utilisateurs.

L’accessibilité c’est faire des tests utilisateurs avec des personnes en situation de précarité, de handicap… si ça ne marche pas pour ces personnes, le service ne sera pas durable. Évidemment, accessibilité ne rime pas toujours avec sobriété, mais sachez que les personnes en situation de handicap demandent de l’accueil physique ; si ce n’est pas bosser la continuité de service, je sais pas ce que c’est.

Les freins indépassables

Je l’ai mentionné plus haut, je travaille sur le sujet de la Low-tech (numérique) depuis 10 ans. J’ai présenté des conférences sur le sujet, j’ai développé des systèmes Low-Tech, j’ai une organisation Github qui s’appelle Lowdit, je suis bien placé sur le sujet sur google… et travaillé dans des grands organismes.

Les freins culturels

Premièrement, personne ne m’a contacté pour venir les aider dans un grand plan de transformation de leur numérique avec une approche Low-Tech, ne serait-ce que pour les développement d’un site web de publication.

Ensuite, quand j’ai travaillé pour ces grands organismes, j’ai utilisé mes outils numériques Low-Tech. Certains de mes collègues ont dit “waouh”, mais ça m’a posé plus de tord que de bien. Refuser d’utiliser les outils internes (Word, PowerPoint…) est un risque énorme en terme d’appréciation de votre qualité de travail. Je me suis même fait saquer (je suis un peu obtus, je crois en la Low-Tech).

Enfin, les personnes ne sont pas vraiment prêtes, trop habituées à utiliser des outils avec une approche Low-Tech. Le rapport parle de coûts à court terme (de transformation) qui peuvent se révéler importants, c’est vrai. Avec la Low-Tech, on veut obtenir de l’autonomie des personnes, mais il faut la laisser a priori aux salariés (cette autonomie, alors que l’autonomie au travail a fortement baisser en France en 30 ans).

Et pour l’obtenir effectivement avec les outils, il faut former les personnes de très prêts.

Les freins d’expertise

Personnellement, je reste avec une question, combien d’experts Low-Tech en France pour devenir référent dans un grand organisme ? Je dois vivre dans une bulle, où n’avoir que des mauvaises expériences. C’est possible.

Si j’écris ce billet c’est qu’il y a 2 semaines de cela, je m’étais dit que j’avais misé un bien mauvais cheval avec mes principes de Low-Tech numérique. 10 ans à prêcher dans le désert, pour un sujet sur lequel je reste quand même bien seul.

Merci aux auteurs, initiateurs de ce rapport, cette publication me conforte. Mais je reste troublé. Si je reste convaincu de mettre en œuvre la Low-Tech, j’ai vraiment du mal à voir comment des grandes entreprises pourraient s’engager réellement dans cette démarche alors que celles sur l’accessibilité numérique (obligation légale) sont stoppées.

J’ai du mal à voir comment engager des salariées sur un sujet qui touche à de l’autonomie des personnes à modifier, concevoir, produire leurs propres outils de travail, alors que jusqu’ici on a eu tendance à mettre de côté toute personne défendant cette idée.

Alors pourquoi pas, mais bon.