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À savoir : les WCAG 3.0 sont encore à l’état de projet. Le modèle de conformité n’est pas finalisé, les tableaux de spécifications comportent des cellules vides et le calendrier de recommandation du W3C s’étend au moins jusqu’en 2028.

Les WCAG 3.0, c’est pas pour tout de suite, mais apparemment, les WCAG 3.0, c’est un changement de paradigme.

Cet article est une copie commentée de l’article de Karl Groves (en anglais) : What I Like About WCAG 3.0

La manière dont c’est écrit

Les critères de succès WCAG 2.x sont rédigés à l’intention des juristes spécialisés dans les spécifications et des passionnés d’accessibilité ; ce n’est pas vraiment destiné à un Product Owner ou un Manager.

Au contraire, les WCAG 3.x réécrivent les directives sous forme d’énoncés de résultats : Les utilisateurs disposent d'alternatives équivalentes pour les images. Genre de phrase que vous pouvez inscrire dans un cahier des charges sans avoir à ajouter un astérisque renvoyant à trois paragraphes d’explications.

Mieux encore, le projet comprend des arbres de décision (decision trees) qui vous guident à travers les exigences spécifiques applicables à un contenu. La directive relative aux alternatives aux images, par exemple, commence par La suppression de l'image aurait-elle un impact sur la compréhension de la page par les utilisateurs ? et se ramifie ensuite vers le traitement des images décoratives, cette déterminabilité programmatique constitue une amélioration significative.

Une vision processus de WCAG 3.x

C’est l’idée la plus intéressante de la norme WCAG 3.0, mais aussi la plus controversée. Les assertions sont des déclarations formelles, attribuables et documentées selon lesquelles votre organisation a suivi des processus d’accessibilité spécifiques. Avez-vous effectué des tests d'utilisabilité avec des personnes handicapées ? Disposez-vous d'un guide de style pour le sous-titrage ? Les auteurs de contenu ont-ils examiné les alternatives multimédias ?

Et c’est là que c’est intéressant, ce qu’il faut comprendre c’est qu’actuellement c’est que : dans le cadre des WCAG 2.x, rien de tout cela n’a d’importance pour la conformité.

La conformité WCAG 2.X actuellement
  1. Vous pourriez n’avoir aucun processus d’accessibilité, déclarer un produit conforme et revendiquer le niveau AA.

  2. Vous pourriez mettre en œuvre un programme d’accessibilité de classe mondiale, mener des recherches approfondies auprès des utilisateurs, investir dans la formation et pourtant ne pas être conforme à cause d’une seule étiquette manquante dans un champ de formulaire.

Les assertions changent la donne. Elles reconnaissent ce que tous les professionnels de l’accessibilité savent déjà :

Les organisations qui intègrent l’accessibilité dans leurs processus de développement produisent au fil du temps des produits plus accessibles que celles qui la traitent comme une liste de tâches à accomplir à la fin.

Le WCAG 3.x comprend des exemples d’assertions telles que la mise à jour d’un guide de style sur les alternatives multimédias (avec des exigences spécifiques en matière de documentation sur ce que le guide doit couvrir), la réalisation de tests utilisateurs avec des données démographiques documentées sur les participants, les types de handicaps, les dates et les problèmes résolus, et la révision du contenu par les personnes qui l’ont créé.

Game changer

Je le dis depuis plusieurs mois concernant l’EAA (European Accessibility Act), la loi impose de manière très claire l’obligation de l’intégration de l’accessibilité dans la culture et les processus organisationnels. C’est ce qui constitue la conformité.

L’EAA et les WCAG 3.0 convergent vers la même idée : la conformité en tant que reflet instantané de l’état d’un produit a moins de valeur que la conformité en tant que preuve de l’engagement organisationnel.

Conclusion

Les WCAG 2.x, tels qu’écrit, peuvent inciter des acteurs à ne chercher que la conformité aux référentiels. On essaye d’expliquer aux clients que ce n’est pas une bonne approche et qu’il faut aller plus loin.

J’insiste sur le besoin de la nécessité d’avoir en interne des “champions” de l’accessibilité capable de réaliser, notamment, une veille juridique sérieuse. La lecture de l’article de Karl Groves est très clair : dans quelques années les référentiels vont mesurer l’engagement organisationnel des organisations, leur maturité en terme de prise en compte du handicap.

Attention, car avec l’IA, le Vibe Coding,… la mesure de cet engagement va se complexifier ; avec des nouveaux périphériques potentiels, les tests seront bien plus larges. Pour être conforme, il faudra une vraie compétence en Accessibilité Numérique travaillée sur plusieurs années.