Table des matières

Résumé

  • Sujet : importance de l’accessibilité numérique pour rendre les organisations inclusives.
  • Contexte : l’accessibilité numérique vise à permettre aux personnes ayant des limitations (visuelles, auditives, motrices, intellectuelles, liées à l’âge) d’accéder aux sites, applications et documents électroniques. Normes clés : WCAG et design universel.
  • Cadre légal : lois et directives aux États-Unis, dans l’UE et en Pologne (transposition de la European Accessibility Act ; obligation pour certaines entités, échéance en Pologne : 28/06/2025).
  • État des pratiques : progrès mais inégalités — certaines organisations leaders, d’autres à la traîne ; manque de leadership, de formation et de tests avec utilisateurs en situation de handicap ; lacunes dans les compétences du marché du travail.
  • Arguments business : avantages pour l’entreprise — élargissement du vivier de talents, meilleure rétention, productivité accrue, amélioration de l’expérience utilisateur et du référencement, renforcement de l’image, accès à un marché important (pouvoir d’achat massif), avantage concurrentiel et conformité réglementaire.
  • Obstacles : coûts perçus, complexité technique, faible sensibilisation, manque de compétences, difficulté à rendre multimédia accessible, risque de régressions lors de mises à jour.
  • Recommandations principales :
    1. sensibiliser en interne et en externe ;
    2. recueillir régulièrement les retours d’utilisateurs, y compris personnes handicapées ;
    3. intégrer l’accessibilité dès la conception (inclure des experts) ;
    4. utiliser des outils automatiques et réaliser des audits réguliers ;
    5. viser WCAG niveau AA ;
    6. former le personnel ;
    7. publier des déclarations d’accessibilité ;
    8. coopérer avec des ONG spécialisées ;
    9. inclure l’accessibilité dans les cursus universitaires et critères de recrutement.
  • Motivation la plus efficace : inspirer les employés en leur montrant l’impact concret des produits accessibles sur la vie des utilisateurs (motivation supérieure à la culpabilité ou aux menaces juridiques).

En bref

  • L’accessibilité numérique garantit l’accès équitable aux contenus numériques pour les personnes en situation de handicap et s’appuie sur les WCAG et le design universel.
  • Cadre légal renforcé : États-Unis, UE et lois nationales (ex. Pologne) imposent ou encouragent des obligations d’accessibilité.
  • Bénéfices pour les organisations : recrutement élargi, rétention, productivité, image, compétitivité, conformité et accès à un marché important.
  • Obstacles : manque de compétences, faible sensibilisation, complexité technique, coût perçu, accessibilité du contenu multimédia et régressions lors de mises à jour.
  • Bonnes pratiques recommandées : intégrer l’accessibilité dès la conception, audits réguliers, formation, tests avec utilisateurs handicapés, mise en œuvre WCAG AA, déclarations d’accessibilité et coopération avec ONG.
  • Motivation la plus efficace : l’inspiration — démontrer l’impact réel des produits accessibles sur la vie des personnes.

Abstract

Objectif : Cet article vise à valider l’importance d’améliorer l’accessibilité numérique au sein des organisations, à la fois du point de vue commercial et social. Il situe d’abord le contexte en abordant les aspects juridiques de l’accessibilité numérique.

Conception/Méthodologie/Approche : Ensuite, il passe en revue des recherches antérieures pour analyser l’état actuel de l’accessibilité numérique dans les organisations. Cette analyse identifie les problèmes, difficultés et défis auxquels les entreprises sont confrontées dans ce domaine, et formule un argumentaire économique pour les activités liées à l’accessibilité.
Résultats : L’article se conclut par des recommandations, soulignant la nécessité d’accroître davantage la sensibilisation à l’accessibilité numérique. Il fournit également des lignes directrices pour les organisations sur des actions susceptibles d’améliorer l’inclusivité.

Implications pratiques : Cet article traite de la question cruciale de l’accessibilité numérique dans la société de l’information, en insistant sur la nécessité d’un accès égal au contenu numérique pour les personnes en situation de handicap. Il souligne que l’accessibilité numérique n’est pas seulement une obligation légale (en particulier pour les institutions publiques), mais aussi une question de responsabilité sociale et d’éthique des affaires.

Originalité/Valeur : Des recommandations encourageant les entreprises à étendre l’accessibilité, soutenues par un argumentaire économique de plus en plus convaincant.

Mots-clés : Accessibilité numérique, inclusivité, société de l’information, égalité d’accès.

1. Introduction

Le monde d’aujourd’hui parle de plus en plus d’accessibilité, qui affecte la qualité de vie de la société. L’accessibilité signifie qu’un produit ou un service a été conçu ou modifié afin que chacun, quelle que soit sa capacité ou son handicap, puisse l’utiliser sans obstacles ni entraves. L’accessibilité est essentielle à la création d’une société inclusive et équitable dans laquelle chacun a des chances égales de participer pleinement. Garantir à chaque citoyen l’accès physique et numérique aux produits et services est essentiel pour promouvoir l’inclusion sociale et l’égalité des chances.

Les limitations les plus courantes entraînant l’exclusion incluent celles liées aux dysfonctionnements visuels, aux déficiences auditives, aux limitations de mobilité, aux déficiences intellectuelles, aux handicaps transitoires et à ceux qui apparaissent (et malheureusement progressent) avec le vieillissement. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, 1,3 milliard de personnes dans le monde présentent un handicap significatif (OMS, 2023). Aux États-Unis, plus de 28 % des adultes ont un certain handicap (DHDS, 2024). La situation est similaire dans l’Union européenne, où en 2022, un résident sur quatre âgé de plus de 16 ans a connu une forme de handicap. Selon les estimations d’Eurostat, cela représente 101 millions de personnes dans l’UE (ETO, 2023). En Pologne, il y a plus de 3 millions de personnes handicapées ayant une confirmation légale de handicap. En tenant compte des personnes sans certificats officiels mais présentant de fortes limitations dans les activités quotidiennes, on estime que le groupe pourrait dépasser 8 millions de personnes (GUS, 2021).

Les personnes en situation de handicap subissent très souvent des mauvais traitements ou des traitements injustes. D’après une enquête Eurobaromètre, 52 % des personnes handicapées se sentent discriminées (Kiwnik Pargana, 2019). La raison en est la variété de défis auxquels ces personnes sont confrontées et qui constituent pour elles un problème beaucoup plus important que pour les personnes sans handicap. Les obstacles les plus courants à surmonter sont :

  • barrières économiques liées à l’absence de ressources matérielles pour couvrir le coût d’adaptation de l’environnement à ses besoins,
  • barrières architecturales résultant de l’inadaptation des espaces publics,
  • barrières éducatives liées à l’absence d’un système éducatif inclusif et de méthodes/outils pédagogiques appropriés,
  • barrières psychologiques résultant des préjugés et stéréotypes dans la société concernant les personnes atteintes d’une maladie ou d’un handicap particulier,
  • barrières culturelles et attitudinales, c’est-à-dire tous les jugements, préjugés et stéréotypes découlant, par exemple, de la croyance que seules les personnes en bonne santé et à l’apparence avantageuse réussissent,
  • barrières sociales qui entraînent l’exclusion sociale, l’aliénation et l’éloignement, et prennent une importance croissante,
  • barrières de communication principalement dues à l’inaccessibilité numérique, qui implique des méthodes de communication inadaptées et un manque d’accès à l’information.

Cet article se concentre précisément sur ce dernier point, c’est-à-dire sur le rôle et l’importance de l’accessibilité numérique dans la société de l’information en évolution permanente, comprise comme la mise à disposition de contenus numériques afin que les personnes en situation de handicap y aient le même accès que tout le monde. L’accessibilité numérique devient un élément essentiel de la gestion d’une organisation moderne. Ce n’est pas seulement une exigence légale (comme c’est le cas pour les institutions publiques) mais avant tout une question de responsabilité sociale et d’éthique des affaires.

L’article vise à démontrer la pertinence des mesures d’amélioration de l’accessibilité numérique dans les organisations, tant du point de vue commercial que social. La première partie présente le contexte de l’accessibilité numérique et aborde les aspects juridiques associés. Dans la partie suivante de l’article, sur la base d’une revue de la littérature antérieure, une analyse de l’état actuel de l’accessibilité numérique dans les organisations a été réalisée. Cela a permis d’identifier les problèmes, difficultés et défis auxquels les entreprises sont confrontées dans ce domaine et de formuler un argumentaire économique en faveur des activités liées à l’accessibilité. L’article se termine par des conclusions et des recommandations.

2. L’idée d’accessibilité numérique

L’accessibilité numérique est un concept relativement récent qui pose un défi aux organisations, en particulier aux entités publiques, où ces questions sont encadrées par la loi. L’accessibilité numérique signifie que les sites web, applications mobiles et documents électroniques sont conçus de sorte que les personnes présentant divers handicaps (par ex. visuels, auditifs, moteurs, intellectuels, liés à l’âge ou à la maladie) puissent les utiliser sans entrave. Les premières initiatives en faveur de l’accessibilité numérique remontent aux années 1990. C’est à cette époque que sont apparues les premières initiatives visant à prendre en compte les besoins des personnes handicapées dans la conception web. Le World Wide Web Consortium ( https://www.w3.org/ ) est un pionnier. Cette organisation a élaboré les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG), un ensemble de lignes directrices fondamentales dans le domaine de l’accessibilité numérique.

La norme WCAG repose sur quatre principes principaux : perceptibilité, fonctionnalité, compréhensibilité et robustesse. Pour chaque principe, 13 directives — instructions détaillées pour satisfaire chaque principe — ont été formulées, avec des critères de réussite testables à trois niveaux, A, AA et AAA. WCAG est une norme technique et un outil pour aider à créer un environnement numérique plus inclusif pour tous les utilisateurs (WCAG 2.1, 2023).

Également crucial dans le contexte de l’accessibilité (y compris numérique) est le design universel. Selon l’article 2 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (2006, p. 4), le design universel doit être compris comme « la conception de produits, d’environnements, de programmes et de services pouvant être utilisés par tous, dans la plus large mesure possible, sans adaptation ni conception spécialisée ». Le concept revient donc à fournir des solutions universelles (c.-à-d. sites web, applications, par exemple) disponibles pour tout public potentiel dès le départ sans besoin d’adaptations constantes. Ainsi, le design universel promeut un accès égal et équitable aux biens et services, en tenant compte des besoins des utilisateurs dont le fonctionnement est limité sur un aspect donné.

Parmi les pays leaders en matière d’accessibilité numérique figurent les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Norvège et la Suisse. Ces pays ont introduit des réglementations et mené des campagnes de sensibilisation pour améliorer l’accessibilité de leurs sites et applications mobiles. Les États-Unis ont l’histoire la plus longue en matière de promotion de l’accessibilité numérique. La section 508 de la Rehabilitation Act of 1973 exige que toutes les technologies électroniques et d’information du gouvernement fédéral soient accessibles aux personnes handicapées. De plus, en 1990, le président George Bush a promulgué l’Americans with Disabilities Act (ADA, 1990), qui interdit la discrimination à l’encontre des personnes handicapées, ce qui implique également de garantir leur inclusion dans la société par tous les moyens. La loi encourage les entreprises privées et les institutions publiques à suivre et à garantir les lignes directrices d’accessibilité, afin que ce groupe puisse être intégré économiquement, politiquement, socialement et éducativement. Le 24 avril 2024, la loi a été mise à jour avec des exigences spécifiques pour assurer l’accessibilité numérique des contenus et applications en ligne.

L’Union européenne est aussi un leader en matière d’accessibilité. Elle travaille sur plusieurs aspects pour promouvoir l’avenir numérique de l’Europe (RUE, 2024). Des actes de droit international s’appliquent dans les pays de l’UE (y compris la Pologne), parmi lesquels les principaux sont la Convention déjà mentionnée relative aux droits des personnes handicapées, la Directive 2016/2102 du Parlement européen et du Conseil (UE) du 26 octobre 2016 sur l’accessibilité des sites web et applications mobiles des organismes du secteur public (Dz.U.UE, 2016), et la Directive 2019/882 du Parlement européen et du Conseil (UE) du 17 avril 2019 sur les exigences d’accessibilité pour les produits et services, dite loi européenne sur l’accessibilité (EAA) (Dz.U.UE, 2019).

En Pologne, le Sejm, le 26 avril 2024, a adopté la Loi sur l’obligation pour les entités économiques de satisfaire aux exigences d’accessibilité pour certains produits et services (Dz.U. 2024 poz. 731, 2024), qui transpose la European Accessibility Act en droit polonais. Les dispositions de la loi entreront en vigueur le 28 juin 2025. À compter de cette date, les entreprises devront commercialiser des produits répondant aux exigences d’accessibilité et proposer et fournir des services accessibles conformément aux dispositions de la loi. Un autre acte juridique polonais traitant de l’accessibilité numérique est la Loi du 4 avril 2019 sur l’accessibilité numérique des sites web et des applications mobiles des entités publiques (Dz.U. 2019 poz. 848, 2019).

3. L’accessibilité numérique dans la pratique des organisations

L’importance croissante de l’accessibilité numérique et son impact sur le fonctionnement des organisations suscitent un intérêt croissant parmi les chercheurs et praticiens. Les résultats de recherche les plus pertinents réalisés ces dernières années sont passés en revue ci‑dessous.

En 2021, l’association WebAIM (Web Accessibility in Mind) de l’Institute for Disability Research, Policy and Practice de Utah State University a enquêté auprès de 758 praticiens de l’accessibilité numérique dans différentes régions du monde, avec une prédominance de répondants d’Amérique du Nord (62,8 %) et d’Europe (25,6 %) (WebAIM, 2021). Le profil du spécialiste de l’accessibilité ressort de l’enquête. Le nombre de femmes dans l’échantillon était cinq fois supérieur à celui d’une enquête précédente menée par la même organisation auprès de développeurs web, où les femmes représentaient seulement 8 % (WebAIM, 2020). L’âge moyen des spécialistes de l’accessibilité était également nettement plus élevé : plus de 37 % avaient 45 ans ou plus, tandis que dans l’enquête des concepteurs web seulement 8,9 % des répondants étaient dans cette tranche d’âge. Les spécialistes interrogés semblent très diplômés : plus de 84 % des répondants avaient au moins un diplôme universitaire. Près de 30 % des répondants ont déclaré être en situation de handicap. Plus de 60 % des répondants travaillaient pour des entreprises, 12 % pour des établissements d’enseignement et 11 % pour des organismes gouvernementaux. 90 % étaient des organisations bien établies, présentes sur le marché depuis au moins cinq ans.

Près de 48 % des répondants occupaient un poste de spécialiste/consultant/leader en accessibilité web. Le reste combinait le rôle de spécialiste de l’accessibilité avec une autre fonction, le plus souvent développeur (25,7 %), designer (5,4 %), chef de projet (5 %), testeur (4,2 %) et spécialiste du contenu (3,2 %). Plus de 22 % des répondants mettent en œuvre l’accessibilité depuis plus de 12 ans, et 24 % depuis deux ans ou moins. Le salaire moyen des spécialistes de l’accessibilité web interrogés était nettement plus élevé que celui des développeurs web interrogés. Près de 53 % des spécialistes de l’accessibilité se décrivaient comme ayant un niveau de compétence très élevé dans ce domaine, et 71,8 % déclaraient une excellente connaissance des normes WCAG.

Selon près de 57 % des répondants, le contenu web est devenu plus accessible au cours de l’année passée, 40,6 % n’ont remarqué aucun changement, et 13 % estiment que l’accessibilité a diminué. Seulement 10 % des répondants ont constaté une amélioration de l’accès au contenu grâce à de meilleures technologies d’assistance et navigateurs, tandis que 90 % ont souligné la nécessité de sites plus accessibles. Moins de 52,6 % des répondants estimaient que les produits en ligne de leur organisation étaient facilement accessibles.

Il convient de noter que bien que l’accessibilité dans une entreprise devrait être la responsabilité de toute l’équipe — des développeurs créant des produits accessibles, aux RH promouvant une culture d’accessibilité en interne, jusqu’aux communications marketing avec les clients — de plus en plus d’entreprises embauchent des experts en accessibilité. Ces experts sont généralement chargés de diagnostiquer ce qui doit être fait dans une entreprise pour la rendre plus accessible. Leur domaine d’expertise consiste à reconnaître quoi améliorer, puis comment améliorer les processus, produits, services et politiques de l’entreprise.

Les principales tâches des experts en accessibilité numérique incluent l’identification des points de blocage dans l’expérience en ligne des clients et employés et la suggestion d’améliorations, telles que des logiciels et initiatives potentiellement bénéfiques. Ils sont également responsables du développement d’outils pour promouvoir l’accessibilité numérique, comme les technologies d’assistance (Gala, 2024b).

Également intéressants sont les résultats d’une autre enquête, “Attitudes to Digital Accessibility”, visant à comprendre comment l’accessibilité numérique évolue dans les organisations. Il s’agit d’une enquête annuelle menée par Open Inclusion depuis 2021 (AbilityNet, 2023). L’enquête 2023 comportait 363 professionnels du numérique, principalement du Royaume-Uni (66 %), des États-Unis et du Canada (21 %) et d’autres pays européens (8 %). Près de 70 % des répondants travaillaient dans de grandes organisations (250 employés ou plus). Il s’agissait principalement d’institutions publiques, telles que agences gouvernementales, santé ou éducation (40 %), d’entreprises commerciales (34 %) et d’organisations à but non lucratif (22 %).

Les résultats montrent une nette division entre les organisations fortement engagées en faveur de l’accessibilité et celles nettement à la traîne. Les premières ont une stratégie plus large de diversité et d’inclusion, l’accessibilité numérique est l’une de leurs priorités, elles investissent dans les ressources et le leadership nécessaires et disposent d’un responsable du programme d’accessibilité numérique. 51 % des organisations identifiées comme leaders en accessibilité appartenaient au secteur privé à but lucratif, 22 % au secteur public et 22 % au secteur non lucratif. Parmi les organisations qualifiées de “lentes” à mettre en œuvre l’accessibilité, 45 % provenaient du secteur public, 33 % du secteur commercial et 16 % du secteur non lucratif.

Le questionnaire portait sur cinq domaines clés : vision, leadership, compétences, processus et achats de services et produits. Les principaux enseignements :

  • Vision : les avis étaient partagés. 39 % des répondants étaient d’accord (fortement ou légèrement) avec l’affirmation « Mon organisation a une vision claire pour l’accessibilité numérique », tandis que 42 % n’étaient pas d’accord (le reste n’ayant pas explicitement pris position). 42 % déclaraient que leur organisation possède une déclaration d’accessibilité numérique à jour sur son site web.

  • Leadership : idéalement, l’accessibilité numérique nécessite de la visibilité et de la responsabilité à un niveau élevé. Malheureusement, l’enquête révèle un manque de leadership dans ce domaine. 38 % des répondants déclaraient qu’il n’existait personne de spécifique dans leur organisation responsable de l’accessibilité numérique, 37 % ignoraient où cette responsabilité se situait, et 24 % estimaient qu’il y avait peu ou pas d’intérêt au niveau exécutif.

  • Apprentissage et développement : 40 % des répondants étaient d’avis que « l’organisation aide les individus à développer les compétences nécessaires pour atteindre sa vision de l’accessibilité numérique », 33 % n’étaient pas d’accord, 20 % ont répondu ni oui ni non, et 7 % ne savaient pas.

  • Processus : 38 % des répondants affirmaient que « l’accessibilité numérique est intégrée dans tout le cycle de vie d’un produit ou service dans mon organisation ». Cependant, un pourcentage plus élevé (43 %) n’était pas d’accord (dont 1/4 fortement en désaccord). 31 % déclaraient que leur organisation inspectait ou évaluait les sites web, applications ou autres ressources numériques pour les clients en utilisant les normes WCAG au moins une fois par an, et 6 % tous les quelques années. 14 % ont dit que ce processus avait lieu seulement au besoin, et le même pourcentage a dit qu’il n’était pas régulier. 10 % ne connaissaient pas la régularité des revues, et 6 % ont déclaré qu’elles n’étaient pas réalisées dans leur organisation.

  • Achats : 37 % des répondants étaient d’accord que « l’organisation veille à ce que les pratiques et décisions d’achat aident à maintenir ou atteindre nos objectifs d’accessibilité numérique ». Un pourcentage légèrement supérieur (39 %) n’était pas d’accord, 22 % étant fortement en désaccord. 39 % des personnes en rôle d’achats connaissaient des lignes directrices à prendre en compte pour évaluer si des services tiers seraient accessibles une fois intégrés à leurs sites ou applications. 51 % estimaient que les fournisseurs comprenaient de plus en plus la nécessité de fournir des produits et services accessibles.

D’autres observations : 21 % des répondants ont indiqué que leur organisation n’utilise pas régulièrement l’option de tester les sites web, applis et autres ressources numériques avec des utilisateurs en situation de handicap, bien que ces tests soient bien plus efficaces pour identifier des problèmes d’utilisabilité et d’accessibilité que seuls les audits d’accessibilité. De plus, 25 % des répondants ont signalé que leur organisation ne réalisait pas de tels tests.

L’enquête a aussi abordé l’impact de l’intelligence artificielle sur la capacité d’une organisation à créer des solutions accessibles. 23 % des répondants pensaient que l’impact serait positif, 5 % qu’il serait nuisible, et 50 % y voyaient des effets à la fois positifs et négatifs. Une grande proportion (21 %) ne pouvait pas encore évaluer l’impact. L’automatisation des tests et le gain de temps ont été le plus souvent cités comme avantages que l’IA pourrait apporter à l’accessibilité.

Concernant les dépenses, les répondants ont indiqué que leurs organisations envisageaient d’augmenter les budgets pour : amélioration de l’accessibilité numérique des produits/services actuels (34 %), intégration de l’accessibilité dans les nouveaux produits/services (30 %), formation et développement du personnel (28 %), élaboration de stratégies d’accessibilité à l’échelle de l’organisation (24 %), et rendre les processus de recrutement accessibles à tous (22 %).

Un autre document majeur est le rapport annuel “State of Digital” (Level Access, 2023), publié en décembre 2023 par Level Access en partenariat avec G3ict et l’IAAP. 1 033 décideurs et spécialistes techniques/produit basés aux États-Unis, de toutes tailles d’organisation et secteurs, ont été sondés. Tous étaient impliqués dans l’assurance de l’accessibilité numérique. Le sondage met en évidence l’importance pour les organisations de rendre les expériences numériques accessibles aux personnes handicapées tout en révélant les défis rencontrés : divergences internes entre direction et praticiens et manque de clarté des responsabilités en matière de conformité. Le rapport confirme que les organisations modernes comprennent que l’accessibilité numérique est non seulement un impératif moral et une exigence de conformité, mais aussi une bonne pratique commerciale.

Bien que la majorité des organisations mettent en place des politiques d’accessibilité numérique et constatent des bénéfices commerciaux, les données montrent un écart entre les intentions et la mise en œuvre effective.

Les principales conclusions du rapport indiquent une transformation rapide vers l’accessibilité, accompagnée d’une confusion sur les exigences et la mise en œuvre :

  • Plus de 70 % des organisations interrogées ont adopté une politique d’accessibilité numérique, identifiant l’accessibilité comme essentielle pour améliorer l’expérience utilisateur, la satisfaction client et la réputation de la marque.
  • 83 % des répondants se disent confiants dans l’accessibilité des solutions numériques principales de leur organisation (par ex. le site web). Cependant, 40 % déclarent que leur organisation a été impliquée dans des procédures juridiques liées à l’inaccessibilité au cours des 12 derniers mois — montrant un écart entre perception et exigences légales. L’écart entre dirigeants et praticiens est marqué : 45 % des dirigeants estiment leurs pratiques d’accessibilité “hautement développées” contre 23 % des praticiens.
  • 75 % déclarent vouloir améliorer l’accessibilité numérique mais ont trop d’exigences concurrentes, et 69 % manquent de temps pour traiter les problèmes d’accessibilité.
  • Actions les plus influentes : prise en compte de l’accessibilité dès la conception (56 %), tests d’accessibilité pendant le développement (52 %) et formation des employés à l’accessibilité numérique (49 %).
  • Les organisations ayant une personne ou un département central responsable de l’accessibilité sont beaucoup plus susceptibles de qualifier leur programme d’accessibilité de “développé” ou “hautement développé” (78 % vs 19 % pour celles qui n’en ont pas).

Le rapport fournit aussi des données sur les tendances sectorielles, l’impact sur les priorités organisationnelles et les déterminants du succès des programmes d’accessibilité.

Mentionnons aussi le Partnership on Employment & Accessible Technology (PEAT). Fondé en 2013, PEAT a aidé de nombreuses entreprises à construire une culture d’accessibilité en milieu professionnel. La plupart de ses membres disposent déjà de politiques et programmes d’accessibilité. Ils rendent l’accessibilité numérique nécessaire pour leurs systèmes internes et pour les produits/services commercialisés.

Cependant, un problème persiste : trouver des candidats ayant les compétences en accessibilité. En collaboration avec Teach Access, PEAT a publié un rapport en mai 2018 (PEAT, 2018) basé sur des informations de membres et partenaires. Soixante-dix répondants de diverses entreprises et organismes publics ont été contactés. 3 sur 5 ont confirmé que recruter des candidats disposant de compétences en accessibilité numérique est “difficile ou très difficile” ; aucune entreprise n’a jugé la tâche simple. 63 % ont dit que leurs employés actuels n’ont pas les compétences souhaitées en technologies accessibles, et 38 % ont indiqué que, de ce fait, des postes restent vacants. Les répondants estiment que la demande en compétences d’accessibilité continuera d’augmenter ; 83 % des répondants IT ont signalé une augmentation modérée ou significative de la demande ces cinq dernières années, et plus de 93 % s’attendent à une hausse future. 93,5 % ont déclaré qu’il était essentiel d’embaucher davantage de personnes ayant des compétences en accessibilité.

Une étude de Paula Conn et al. (2020) réalisée auprès d’étudiants en dernière année d’informatique à Rochester Institute of Technology (États-Unis) est pertinente. Elle a analysé les attitudes, la compréhension et la motivation des étudiants à considérer l’accessibilité dans leur future carrière. La grande majorité (plus de 87 %) n’en tenait pas compte dans leurs projets IT futurs et n’étaient pas motivés pour améliorer leurs compétences en la matière. Ils expliquaient que ni les cours ni les stages ne leur demandaient de considérer l’accessibilité, d’où l’absence de perception de son importance professionnelle. Ils ont ajouté qu’ils acquéraient principalement ces connaissances de façon autodidacte, les enseignants se contentant d’indiquer quoi apprendre sans lier cela à l’accessibilité. Ils reconnaissaient aussi avoir peu de connaissances sur les besoins des personnes handicapées et sur la façon de communiquer avec elles. Enfin, ils estimaient que ces informations sont relativement difficiles à trouver en ligne, qui reste leur source principale d’autoformation.

L’expérience des entrepreneurs polonais (10 lat dostępności cyfrowej, 2022) montre que mettre en œuvre l’accessibilité numérique n’est ni simple ni rapide. Les entreprises font face à de nombreux défis :

  • Barrières technologiques : l’accessibilité requiert l’utilisation d’outils/technologies appropriés, parfois complexes à comprendre et mettre en œuvre ;
  • Défis organisationnels : elle demande l’engagement de toute l’organisation, difficile surtout pour les grandes structures ;
  • Faible sensibilisation : ce sont encore les personnes, non la technologie, qui sont clés pour garantir l’accessibilité des sites/applis ; la volonté et la compréhension sont nécessaires ;
  • Manque de connaissance sociétale des problèmes des personnes handicapées et des solutions ;
  • Accessibilité du contenu non textuel : Internet évolue vers l’image et le multimédia, ce qui complique et rallonge le travail d’accessibilité ; le besoin de publication rapide l’emporte parfois sur l’accessibilité.

Pour les institutions publiques soumises à l’obligation légale, un défi fréquent est l’invocation du coût élevé des mesures et l’abus de la flexibilité offerte par les réglementations d’accessibilité ; cette flexibilité doit permettre une mise en œuvre planifiée, non servir d’excuse pour ne rien faire.

4. La valeur commerciale de l’accessibilité numérique dans une organisation

Certaines organisations considèrent encore l’accessibilité numérique comme une tâche complexe et non rentable. Cependant, les études précédemment citées montrent que de plus en plus d’entreprises reconnaissent les bénéfices économiques et sociaux de l’accessibilité. En s’appuyant sur le business case développé par PEAT (PEAT, 2023), on peut citer les avantages suivants :

  • Recrutement amélioré et élargi : un site et un système de candidature accessibles montrent que l’entreprise s’intéresse à tous les candidats, y compris ceux en situation de handicap, élargissant ainsi le vivier de talents.
  • Meilleure rétention des talents : la technologie accessible aide à conserver des employés devenant malades, blessés ou vieillissants ; retenir un employé expérimenté coûte moins cher que recruter un remplaçant.
  • Réussite des employés : les fonctionnalités d’accessibilité (contrôle du volume, écrans faciles à lire, sous-titres, langage clair) profitent souvent à tous les employés, pas seulement aux personnes handicapées.
  • Rentabilité par rapport aux technologies d’assistance (AT) : les technologies inclusives courantes sont souvent moins coûteuses et plus simples à gérer que des dispositifs AT spécialisés.
  • Amélioration de l’utilisabilité et du SEO : les sites/applications accessibles sont généralement plus conviviaux et mieux référencés.
  • Diversité : la présence de personnes handicapées enrichit la diversité et stimule l’innovation.
  • Image de l’entreprise : l’accessibilité communique un engagement en faveur de la diversité et de la responsabilité sociale, attirant clients, investisseurs et employés partageant ces valeurs ; l’absence d’accessibilité peut nuire à la réputation.
  • Expansion du marché cible : les personnes présentant des limitations accèdent aux offres ; l’accès à ce segment peut générer des revenus significatifs — selon Casey (2020), les personnes handicapées représentent un pouvoir d’achat mondial de plus de 8 000 milliards de dollars.
  • Compétitivité accrue : les organisations investissant dans l’accessibilité peuvent gagner un avantage concurrentiel.
  • Collaboration facilitée : des fonctionnalités disponibles pour tous simplifient le travail avec partenaires et fournisseurs.
  • Efficacité, productivité et engagement utilisateur : une meilleure accessibilité améliore l’expérience, la productivité des employés et la fidélité des clients.
  • Conformité réglementaire : respecter les normes évite sanctions et amendes.

Les conséquences de ne pas investir en accessibilité sont lourdes : perte d’employés, diminution de la diversité et de l’innovation, perte de clientèle potentielle, atteinte à la réputation et risques juridiques. Avec la croissance du commerce en ligne (prévisions de Statista, 2024), il est crucial pour le secteur du e‑commerce d’assurer l’accessibilité pour rester compétitif. Selon Nucleus Research (2019), les personnes aveugles abandonnent en moyenne les deux tiers de leurs transactions en ligne en raison d’un manque d’accessibilité, mais achètent ailleurs sur des sites accessibles. 50 % des sondés ont aussi constaté une régression d’accessibilité lors de mises à jour du site.

Les entreprises invoquent souvent le coût comme principal frein. Mesurer le retour sur investissement est difficile car il faut considérer les bénéfices sociaux et économiques à long terme. De nombreux guides proposent cependant des conseils pratiques (Handtalk, 2024).

Une hiérarchie des motivations pour mettre en œuvre l’accessibilité, élaborée par Smith de WebAIM (2013), reste pertinente (Figure 1) : à la base la culpabilité (la moins efficace), puis la punition, l’exigence, la récompense, l’illumination et au sommet l’inspiration (la plus efficace). Les motivations basées sur la culpabilité ou la menace sont dangereuses car elles peuvent opposer les personnes handicapées aux organisations. Les exigences techniques ou la conformité sont nécessaires mais insuffisantes si l’élément humain est négligé — techniquement accessible peut rester fonctionnellement inabordable. Les récompenses, certifications ou gamifications tendent à viser la reconnaissance plutôt que le bénéfice réel des utilisateurs. L’idéal est que les membres de l’organisation perçoivent l’accessibilité comme juste et intelligente et comprennent ses bénéfices concrets.

La portion finale du texte manquante fournie par l’utilisateur complète l’explication : l’accessibilité doit motiver les membres de l’organisation en leur montrant les bénéfices concrets pour les utilisateurs finaux ; au sommet de la pyramide, l’inspiration — lorsque les employés voient l’impact d’un produit accessible sur la vie d’une personne — est la motivation la plus efficace.

5. Conclusions et recommandations

Les enjeux de l’accessibilité numérique sont cruciaux avec le développement croissant des technologies de l’information et leur soutien accru à divers domaines de la vie. L’accessibilité numérique permet aux personnes présentant divers handicaps (visuels, auditifs, moteurs ou intellectuels) d’utiliser sites web et applications mobiles. L’attention portée à ces aspects mesure l’inclusivité d’une société.

Des lois dans de nombreux pays obligent les entités publiques à respecter des exigences d’accessibilité spécifiques. Les entreprises et organisations commerciales commencent, de leur côté, à se diriger volontairement dans cette voie, en reconnaissant des bénéfices économiques, sociaux et financiers.

Les conclusions tirées de la pratique montrent la nécessité d’accroître la sensibilisation et de développer des guides et supports pour aider les entreprises dans leur transition. Elles aboutissent aux recommandations suivantes :

  1. Promouvoir la sensibilisation à l’accessibilité — en interne et en externe via des campagnes éducatives.
  2. Collecter les retours des utilisateurs — y compris des personnes handicapées, pour identifier les problèmes concrets et améliorer en continu.
  3. Intégrer l’accessibilité dès la conception — inclure des experts accessibilité dans les équipes de conception pour réduire les coûts de retouches ultérieures.
  4. Utiliser des outils d’analyse automatique — pour détecter rapidement des problèmes d’accessibilité et effectuer des contrôles réguliers.
  5. Mettre en œuvre les normes WCAG — viser au minimum le niveau AA.
  6. Surveiller et mettre à jour en continu — l’accessibilité est un processus permanent ; surveiller évite les régressions.
  7. Former les employés — pour que chacun comprenne l’importance et sache mettre en œuvre des solutions appropriées.
  8. Réaliser des audits d’accessibilité réguliers — possiblement externalisés pour garantir la conformité.
  9. Créer des déclarations d’accessibilité — informer les utilisateurs de l’état d’accessibilité, des problèmes et des solutions proposées.
  10. Coopérer avec des ONG spécialisées — pour tests, évaluations et formation.
  11. Inclure l’accessibilité dans les programmes éducatifs — former les futurs concepteurs/développeurs/ rédacteurs pour qu’ils aient les compétences nécessaires.
  12. Prendre en compte l’expertise accessibilité lors du recrutement — les compétences en accessibilité doivent être valorisées dans les profils techniques et de design.

En résumé, les entreprises modernes intègrent les notions de design universel, d’interface utilisateur, d’expérience utilisateur et des WCAG lorsqu’elles conçoivent des produits, particulièrement numériques. La société progresse lentement vers une reconnaissance plus large, pas seulement par les gouvernements et institutions publiques, mais aussi par les entreprises. Outre l’empathie, une approche professionnelle et la considération de l’égalité numérique comme un objectif stratégique sont essentielles. Créer des expériences numériques positives pour tous peut être déterminant pour le succès organisationnel.

Investir dans l’accessibilité est une caractéristique des entreprises du futur qui comprennent leur rôle social et la nécessité d’adaptation pour devenir plus inclusives, tant du point de vue des employés que des clients.