Ne passons pas à côté des choses simples

À Paris Web 2016, je fus présent pour présenter une conférence avec l’inénarrable Frank Taillandier.

Ma motivation

Je cherche, en soumettant des sujets de présentation à des conférences, à sortir des sentiers battus afin de diversifier les écosystèmes ; je tente de construire des schémas de pensées différents pour secouer l’auditoire. Malheureusement, il est difficile avec cette démarche de passer l’étape d’un appel à orateur.

Cette année, j’avais un sujet tout trouvé en présentant : les générateurs de sites statiques. Étant donné que, techniquement, il n’y a rien de bien compliqué, cela aurait été un piège d’expliquer leur fonctionnement.

C’est pourquoi nous avons préféré avec Frank nous orienter sur les raisons de leur utilisation. Comme chacun de nous considérait et considère toujours que ce sont des systèmes qui permettent de faire des mises en pages plutôt complètes avec peu de moyens et accessible à des webdesigner ou des intégrateurs, il aurait été dommage de ne pas essayer de passer le message pour sortir nos camarades de leur torpeur quotidienne.

Mes objectifs

Je fus orateur en juin à la Kiwi-Party. À cette occasion, je me suis laissé entrainer dans une surenchère technique. Je voulais en 20 minutes expliquer que les générateurs statiques étaient un moyen de faire de l’agile, même sur des petits projets; mais aussi que petit projet pourra devenir grand. C’est-à-dire que les générateurs de sites statiques sont en bon terme anglais : scalable.

En fin de soirée, je suis allé à la rencontre des spectateurs et, à vrai dire, ils n’avaient pas vraiment retenu grand chose de ma présentation. Imaginez ma tête.

Ah si, il se rappelaient de mes exemples. Ces spectateurs étaient en début de carrière, participaient au travail à la pièce proposé par des patrons sans vergogne. Vraisemblablement, une dizaine de conférences en une seule journée était énorme.

Ainsi, à Paris Web, il était essentiel, pour moi, de parler non pas à des spécialistes déjà convaincus mais à un public moins adepte du code. Nous devions faire passer un message, trouver un discours logique, parler posément, être proche du public et être à l’aise.

Les réussites

Tout d’abord le travail collaboratif à distance avec Frank a été véritablement productif. Nous avons réalisé plusieurs notes avec des références, des ressources, des réflexions, des citations… Puis nous sommes passés à la forme par répétitions successives jusqu’à remettre en cause le plan de notre dialogue jusqu’à la veille.

L’interaction sur scène a été très bonne. Même si nous avions tenté des formes plus provocatrices, nous avons trouvé le moyen de ne pas nous marcher sur les pieds. Il fallait que Frank puisse être à l’aise et poser son discours sans grandes digressions (difficiles à caler dans une conférence de 15 minutes) et conserver de la fluidité dans nos propos.

Pour que ça marche nous nous sommes résolus à tenir deux rôles : celui qui explique la théorie, celui qui donne un retour d’expérience. Après tous nos tâtonnements, ce fut une sage décision pour plus de clarté dans le déroulé.

Résultat, quelques personnes sont venues nous voir pour nous faire part de leur envie de tenter un générateur statique plutôt qu’un WordPress. Pour que cela arrive, il ne fallait pas qu’on donne l’impression que ce soit compliqué.

Le titre était « Ne passons pas à côté des choses simples », nous étions dans les clous.

Les ratés

Pondre dix kilomètres de raisonnement, douze heures de discussion et autant de répétitions pour pondre trois concepts en 15 minutes, moins les petites blague et l’intro ; nous sommes ressortis un peu frustrés.

En effet, nous avions plein de choses à dire, nous avions trouvé le schéma narratif mais le but était de dire que c’était super cool les générateurs de site statique. Qu’on pouvait faire des trucs avec ses potes et reprendre plaisir à pondre des lignes de code. On a posé les concepts, mais nous avons manqué d’enthousiasme et oublié de se faire (plus) plaisir.

Alors peut-être qu’il nous aurait fallu 20 minutes, c’est-à-dire 5 minutes pour les exemples. Exemples précisément choisis pour revenir sur les notions que nous n’avions volontairement fait qu’effleurer dans la première partie. La présentation aurait été tellement plus équilibrée. On se serait plus lâché, la salle aurait chanté un air pour nous soutenir… tu ’aurais fait ça cher lecteur, non ?

Conclusion

Nous n’avons pas parlé de Jacques Ellul et c’est peut-être tant mieux.

Mais à l’heure de la complexification de notre monde, vous savez celui qui nous fait des nœuds à la tête, celui qui vous fatigue et vous rend malheureux.

Frank et moi ne vous avons pas fait passer le message que : toucher à de simples fichiers HTML et CSS, ce retour aux bases, c’était retrouver le plaisir simple de communiquer avec le monde, d’échanger et construire avec d’autres êtres humains, de laisser vagabonder ses idées… un peu comme quand vous construisez des barrages sur un cours d’eau pendant vos vacances d’été…

Un plaisir (qui peut être partagé) !