Sudweb 2013, réflexions
20 mai 2013
L’édition de Sudweb 2013 vient de se terminer. Auditeurs et orateurs ont regagné leurs chaumières que garderont-ils en tête de cette édition : les conférences, les chansons du ménestrel, le goût des petits fours ..?
La génèse
La volonté des organisateurs de Sudweb est de générer des discussions autour du retour d’expérience. La programmation fait donc la part belle à des sujets parlant des relations humaines, de concepts ou encore de prospectives.
En évitant de se lancer sur de la technique pure et dure pour montrer qui a la plus grosse… maîtrise du code ; les organisateurs tentent de mettre en avant le bénéfice du rapport humain entre les personnes pour favoriser la transmission de savoirs.
La politique
La conférence du chevalier mystère David Larlet aura mis en scène une situation rare en conférence, celle d’une assemblée de fidèles maîtres du web se parlant face à face sur les sujets de l’éthique, de l’argent ou de la santé.
Si l’exercice permit effectivement de réveiller la foule, on peut dire que nous sommes quel que peu restés sur notre faim concernant l’élévation du débat.
Venu l’année précédente parler du besoin de réflexion sur les principes relationnels pour garantir la bonne réalisation d’un site web, j’ai vu qu’il était toujours difficile de parler de ce que j’appellerais le « vivre ensemble ». Un peu comme si tout le monde parlait d’un fichier css sans apercevoir qu’un préprocesseur l’a généré.
A la question de « penser vous changer le monde ? », il y eu beaucoup de scepticisme de la part de chacun puisque qu’aucun de nous n’avait obtenu de prix Nobel durant l’année en cours.
Or changer le monde ce n’est pas que le transformer de façon soudaine, c’est aussi en garantir les fondamentaux. Maintenir un environnement permettant de le transformer. Comme maintenir uniformité de son code qui permettra, un jour, d’y appliquer des règles permettant de rendre un site accessible.
À tous les stades de la technique, le travail représente une collaboration d’innombrables ouvriers, utilisant eux-mêmes un héritage technologique large et ramifié. L’inventeur le plus ingénieux, le savant isolé le plus brillant, le dessinateur le plus habile ne contribuent qu’en partie au résultat final.
Lewis Mumford, Technique et Civilisation, 1936
La religion
Ainsi, si on retrouve beaucoup de bonne volonté chez chacun, le besoin de partager, de transmettre ; on ne sent pas pour autant le besoin inassouvi de placer le fonctionnement de groupes en avant ; ce que nomme Bernard Stiegler l’individuation collective.
On le remarque de manière générale et à tous les niveaux, il n’y a plus de transcendance au sein de la société. La transcendance c’est un peu comme cet ennemi commun qui unit les gens. Et dans un contexte d’absence de guerre, de famine et de suppression des frontières, nous trouvons difficilement des raisons de nous allier. Dans le cadre de vies discrétisées et propre à chacun, on cherche midi à sa porte et à changer le monde à son niveau personnel.
La capitalisme n’est pas nouveau, sa vision naturaliste s’est accompagnée de la mise en place d’une division du travail (stricte) couplée à une vision analytique de la résolution de problèmes.
Fin du pétrole, réchauffement climatique sont autant de raisons de trouver des façons de travailler de manière collective et de savoir recréer du vivre ensemble.
Mais cela ne sera pas facile car vous, comme moi, sommes formatés par notre éducation pour reproduire une structure sociale déterminée dans laquelle c’est du chacun pour soi.
Le sexe
Combien de femmes encore à cette édition. Bien loin de moi que de penser à mettre en place des quotas ou des principes de parité. Mais quelle fut la place des femmes chez les orateurs ou les auditeurs ?
Il est dommage de laisser ses avis précieux en si grande minorité.
De plus, on observe un faible renouvellement du public (ou alors le cerveaux est sélectif et je ne retiens que les têtes que je connais). Moi, personnellement, je trouve cela plutôt agréable de retrouver des gens sympas mais pour l’événement cela pose des questions. Quid de la moyenne d’âge ?
Il serait bon de consulter les tableaux de bord (monitoring de conférence) des participants de Sudweb pour estimer les évolutions en cours. C’est la transmission de tous nos savoirs qui est en jeu.
Ne va-t-on pas vers une mise en place d’avis consensuels à la manière d’un conclave de vieux cardinaux ?
Il faudrait penser à ré-autoriser le mariage avec des activités ou des métiers différents, que ce soit à Sudweb ou ailleurs, pour permettre les ouvertures ou se filer des 06 pour des after un peu plus folles.
Mon histoire
Pour Sudweb j’avais proposé un sujet sur la transcendance, un sujet complètement fou essayant de faire un parallèle entre l’ordre des bénédictins qui ont aménagés le territoire européen au XIIème siècle par la transmission de livres et notre époque actuelle.
Je pense sincèrement que Sudweb change le monde car elle ré-organise de l’information.
En allant à Sudweb chacun change aussi le monde. Mais de quelle manière ? C’était peut-être ce à quoi les organisateurs voulaient qu’on discute lors des élaboratoires.
Pour formater-reformater nos esprits, il va sûrement falloir poursuivre, soutenir la démarche, lancer des « trucs »… ensemble peut-être.
Ainsi, merci aux acteurs de Sudweb et aux organisateurs pour tracer un sillon de leur côté, mais il me semble que la route peut-être encore longue.
Ré-apprendre à apprendre
07 mai 2013
Apprendre à Donner – Recevoir – Rendre. Qui peut se prévaloir de transmettre du savoir, d’apprendre à apprendre, au quotidien ? Personnellement, malgré toute ma volonté et mon investissement, je n’ai jamais réussi à valoriser du (vrai) temps de formation (reconnu) pour les autres.
Mon impression est que Donner et Rendre font bien partie de la vie en entreprise, mais que rendre est une action à double tranchant. Donner – Rendre, 1 ou 0 ; l’homme se rapproche du fonctionnement de la machine avec le besoin d’assurer d’assez bons rendements sous peine de se voir mis à la casse.
Dans le Rendre se tapit la construction de la reconnaissance et de la confiance ; l’humanité de chacun. Dans l’absence du Rendre, il n’y a pas de projection sur le long terme, il y a l’absence d’humanité, la destruction du travail.
Alors contre ce fonctionnement apprenons à rendre, apprenons à transmettre.
Il s’agit de lutter contre le désapprentissage, c’est-à-dire la destruction des savoirs remplacés par des compétences adaptatives et jetables, la dégradation du travail par l’emploi, l’impossibilité d’exercer ses responsabilités, le défaut de reconnaissance, la perte du sentiment d’exister qui en résulte, l’infantilisation de tous et de toutes tâches, la misère symbolique, économique, politique, intellectuelle, affective, spirituelle…
Lire Soignez-vous !.
Générateurs de sites statiques – la dynamique de projet web
25 avr 2013
Voici 4 points intéressants à savoir pour dynamiser le travail en équipe dans l’économie de la connaissance. Cela rejoint l’idée du billet précédent sur l’aplatissement de l’organigramme.
1. Aplatir l’organigramme libère la créativité
Dans un organigramme à tiroirs, difficile de trouver une oreille sensible à l’expression d’idées nouvelles
2. Fédérer autour du projet motive les salariés
Outre le besoin d’indépendance, l’une des aspirations des nouvelles générations est l’adhésion au projet, y compris chez les plus diplômés.
La transparence sur la stratégie de l’entreprise devient dès lors un prérequis. « Avec les réseaux sociaux, un directeur communication se trouve dans l’impossibilité de contrôler chaque message émis », illustre Perrine Grua, directrice générale d’Aquent.
3. Ouvrir des incubateurs permet de tester des idées
« Dans les grandes entreprises, l’innovation est compliquée à mettre en œuvre, car chacun veut couvrir ses risques, ce qui est aux antipodes de la créativité », assure Thomas Faivre-Duboz, cofondateur de Converteo, lequel suggère aux majors de créer une start-up ou bien leur propre incubateur.
4. Cocréer avec les clients pour répondre aux besoins
Se mettre plus souvent dans la peau du client est la dernière recommandation de Thomas Faivre-Duboz. »Avant d’ouvrir leur porte-monnaie, les fonds d’investissement demandent : quel problème résout cette start-up ? » Plutôt que créer de nouveaux besoins, le consultant suggère de répondre aux demandes existantes.
Conclusion
Bien entendu, le discours est un peu parasité par le vocabulaire RH des grandes entreprises, mais les idées sont bonnes.
C’est à peu près dans cette optique que je travaille et que je développe l’apprentissage et l’utilisation des générateurs de sites statiques. Ils sont, en effet, un support pour les étapes 3 et 4 pour tester rapidement des solutions et donner la main au client pour la cocréation.
Pour rappel, les générateurs de sites statiques sont un moyen simple et rapide d’éditer des pages web (si si, très très simple). Ils permettent pour une agence web de réaliser très rapidement un prototype fonctionnel, mais aussi à des équipes (dans n’importe quelle industrie ou métier) d’éditer les fruits de leurs essais sur un support le plus facile de diffusion de nos jours.
C’est un peu ça l’économie du savoir.
Lire Conseils de management pour les grands groupes qui se rêvent en start-up et Conseils de management pour les grands groupes qui se rêvent en start-up.
Changer de rapports
16 avr 2013
Les logiques nécessaires de développement dans le contexte du web actuel montrent que la division du travail doit être pensée de manière différente. Après en avoir beaucoup parlé et commencé à expérimenter cela sur différents projets, nous voyons apparaître quelques représentations dignes d’intérêt.
L’organisation des équipes joue sur les processus de production
Dans le contexte de la conception multi-périphérique, le haut degré d’organisation et de communication nécessaire afin de produire des sites web modernes rend la vision inspirée par la chaine de production obsolète. Pourtant, si un processus est remis en cause sans avoir au préalable revu le réseaux des collaborateurs, des ressources et les méthodes de suivi va inévitablement créer des friction et rendre la réalisation inefficiente.
Partons d’une chaine de production composée de 3 phases clefs : étude, conception, développement (pour lesquelles chacune dépend de la précédente) ; ainsi que 2 moments majeurs : stratégie et exécution.
Dans cette approche, les équipes sont structurées en miroir de ce processus. L’étude (de marché) (actionnaires, managers, directeurs) définissent les objectifs ; les concepteurs s’occupent d’organiser ces idées en hiérarchisant et en mettant en forme l’information ; enfin les développeurs exécutent.
Cette manière de faire est essentiellement inspirée de la chaîne de production d’une usine. Bloquer les développeurs d’un côté et les concepteurs de l’autre est une erreur, chacun doit participer à la stratégie. Des sujets comme la compatibilité ou encore la dette technique devraient être au cœur des conversations.
La compartimentation est un frein à l’itération et à la mise en place d’un rythme raisonnable de développement. Par exemple, si les développeurs avaient besoin de mettre en place une réunion avec les concepteurs et les dirigeants à chaque changement d’orientation dans la phase de code, la phase d’itération passerait de quelques heures à plusieurs jours. C’est très lourd.
Si un processus demande de multiples mises en ligne et des itérations rapides, pourquoi les équipes ne sont-elles pas organisées de la sorte ? On pourrait avoir de petites équipes capables d’exécuter plusieurs phases d’étude, conception et de développement rapides et autonomes.
La dimension, la structure et le nombre d’équipes peuvent être adaptés à l’organisation, à condition que les équipes soient composées de manière à garantir une véritable démarche collaborative. Les membres sont disponibles aux autres et les chaines de commandes ne sont pas restreintes à leurs pôles de compétences (les techos, les graphistes,…). Les équipes sont responsables.
Traduction de Reorganization.
L’organisation des équipes joue sur les hiérarchies
Pourquoi un projet avec une équipe restreinte est souvent un succès, alors que les projets avec une équipe élargie devient une souffrance ?
Les paragraphes précédents exposent la principale raison. Quand un projet prend trop d’ampleur (taille, budget,…), les organisateurs vont essayer de gérer la complexité en multipliant les postes et en divisant le travail en plusieurs type d’équipe, par compétence. Plus le projet sera grand, plus on adoptera la stratégie de l’appel à l’expert ; c’est-à-dire qu’on mettra l’ensemble des participants (excepté l’exécutant) dans une situation d’incompétence.
Le projet devenant de moins en moins maîtrisable, on fera appel à des experts de plus en plus pointus, et paradoxalement on les paiera de plus en plus cher. C’est ainsi qu’on mettra en place un système de rémunération en pyramide inversée dans lequel le mieux diplômés (les plus spécialisés pour la production) exécutent les tâches qui ont le plus de valeur pour le salaire les moins élevé.
Mais pourquoi ce système ? Il est évident qu’il faut en changer. Tweetons et retweetons sur les échecs de nos grandes entreprises en évoquant le changement inéducable de société ; continuons de croire à la mobilisation des foules sur les réseaux sociaux. Sauf que malheureusement, ce système ne changera pas tant qu’on évoquera pas le sujet de qui dirige.
La système continue de fonctionner ainsi pour la simple et bonne raison que ceux qui décident sont ceux qui choisissent de l’investissement (où va la tune). Aujourd’hui ce sont les banques pour l’économie, les actionnaires pour votre boîte, l’Europe pour notre pays.
Il n’est pas possible de mettre en place un système collaboratif, dans lequel les participants ont un statu d’égalité, s’il perdure une soumission hiérarchique trop criante. Comment parler d’égal à égal si la personne en face de vous décidera de votre augmentation de salaire annuelle ?
La question fondamentale est de savoir si vous êtes partisan du maintien de la structure sociale actuelle (99% vs 1%), à ce moment là vous avez tout intérêt à maintenir la division du travail avec des gens plus payés que les autres parce qu’ils décident ou alors vous admettez que cette structure sociale est destructrice de diversité, donc d’innovation éventuelle, et vous vous engagez à participer ou mettre en place des organisations dans lesquelles les pouvoirs et la répartition du pognon sont correctement répartis.
Lire 10 mythes de l’innovation dévoilés et mis en pièce par Scott Berkun pour arrêter de croire au miroir aux alouettes.
Conclusion
Depuis des années que le web promet une société nouvelle, nous n’avons rien vu apparaître de vraiment concret dans les structures économiques. Tant que les investissements seront fait par un nombre réduit de personnes en vu d’optimiser leurs profits, nous pouvons toujours attendre de voir le web tel que nous le rêvons.
La seule manière de travailler de manière éthique est que l’investissement et que l’organisation d’un projet soient eux-même éthiques.
Si pour autant, vous avez l’impression que le phénomène prend de l’ampleur c’est pour la simple raison qu’alors que les économistes pouvaient cacher la misère de leur modèle derrière une forte croissance, désormais qu’elle n’est plus et ne sera plus, il devient évident qu’un autre système doit avenir.
Si vous pensez qu’un principe collaboratif en petite équipe peut-être la solution, n’oubliez pas de revoir l’organigramme de votre organisation afin que tout le monde puisse pousser du même côté.


