La précarisation des graphistes

25 nov 2014

Les évolutions des web en général et l’apparition de nouveaux types d’organisation pour la réalisation de produits ou d’applications web amène à une modification des structures relationnels entre nos métiers. Nous passons d’équipes web organisées autour de la publication d’informations (type agence) à de la conception de produits spécifiques (type startup).

La nécessité des realeases

La possibilité de développement de sites applicatifs (webapp) dans le navigateur a provoqué l’arrivé de prises de conscience de principes comme : le développement guidé par les tests, l’agilité ou encore le monitoring.

Le besoin de mise en production fréquente de modifications a petit à petit amené les intervenants à se familiariser avec ces notions. Les membres typiques d’une équipe de dev se doivent de maîtriser les commandes du terminal pour lancer des processus, versionner leur travail ou configurer une fonctionnalité.

Dans cette chaîne de participation, nous trouvons principalement les métiers du développement, intégrateurs, développeurs, sysadmin… mais peu de graphistes.

Le renversement de modèle

Dans une agence web, qui s’assimile parfois plus à une agence de communication, la mise en forme est très importante. On va vendre à un client un univers graphique et fonctionnel qui va le différencier de ses concurrents.
Dans ce système qui a prévalu entre les années 2000 et 2010, le graphiste est présent en avant vente, c’est lui qui va créer la « plus value » d’un site qui va permettre de se différencier d’un client (on l’appelle parfois designer).
Comme le visuel et la conception de ce visuel sont mis au centre, les autres métiers sont en quelques sortes relégués à la périphérie. Celui qui est le moins reconnu dans ce système est l’intégrateur ; dont le rôle se limite à la traduction de la composition graphique en code, il est en bout de chaine.

Dans une équipe de type développement applicatif en revanche, on va s’intéresser (en théorie) plus au domaine technique. On ne va pas forcément chercher à se différencier graphiquement mais plutôt chercher à améliorer le service proposé.

On se concentrera sur la modélisation technique et la manière dont on va stabiliser les développements. Ceci impliquant d’avoir du code qualité donc une personne compétente à chaque poste, donc un « développeur front » (qui peut-être dans certains cas un intégrateur).
L’objectif sera que chacun respecte au maximum les contraintes de la production afin de garantir la meilleure disponibilité de l’application.

La précarisation du graphiste

En raison de la complexité de développement d’une application, il est compréhensible que la réflexion sur le graphisme ne soit pas prioritaire. Par facilité, pour la partie interface, on passera par l’utilisation d’un Framework HTML/CSS, on développera une première version assez rapidement et en fonction des retours, on fera appel à un graphiste pour mettre un peu de couleur dans tout ça.

Or, vous le savez aussi bien que moi, l’équipe idéale doit comporter un certain nombre de compétences et la compétence graphique (UX) est aussi essentielle que les autres. Les équipe d’expérience pensent bien évidemment à valoriser ce métier.

Sauf que si dans un cas extrême de la boîte de communication c’est l’intégrateur qui a priori va être considéré comme le métier ayant le moins de valeur. Dans le cas d’une équipe d’application, c’est le graphiste qui va être déconsidéré.

Une question de compréhension

J’explique ce phénomène par le langage.

Dans une agence de communication, on va valoriser l’image. Le graphiste va particulièrement bien s’intégrer à ce milieu en terme de domaine. On parle de qualité visuel, de grain, d’émotions, de couleurs…
L’intégrateur est, dans ce domaine, une personne qui parle même langage mais mal car ce n’est pas sa formation et que son navigateur ne lui permet (permettait) pas de tout faire.

Dans une entreprise technique, on va parler disponibilité de contenus. Le langage sera basé sur la capacité à mettre à jour un dépôt de données et de savoir à quel moment on le transfert d’une plateforme à une autre.
Le graphiste est, dans ce domaine, une personne qui ne parle pas du tout le même langage que les autres. Il n’est pas intégré à la discussion sur la gestion de versions.

Sauvons les graphistes

C’est vrai que les besoins grandissant de conseils dans la conception d’interface donnent à une partie des intégrateurs une plus grande considération. C’est avec délectation que nous dirigeons les affaires et que, pour ma part, j’ai participé à l’éviction d’un (mauvais) graphiste sur un projet : « il est nul en web, on ne veut pas travailler avec lui ».
Vengeance !!!

Mais je ne crois pas que la dominance d’un métier sur un autre permette de prendre plaisir au travail et de réaliser des interfaces de qualité.
Il faut prendre donc conscience que si on a des exigences, il faut inciter le maximum de compétences à échanger leurs points de vue.

Pour cela, il faut que tout le monde parle le même langage. La formation de la plupart des graphistes ne leur apprend pas les contraintes techniques du web. Ils ont donc énormément de mal à savoir comment et à quel moment participer à l’amélioration des interfaces.

Sauvons les graphistes

Pour cela :

  1. Imposons des réunions de co-création multicompétence en amont de projet
  2. Réfléchissons à quelle peut-être l’utilité de Git pour un graphiste
  3. Mettons en place des cours pour former les graphistes à Git

Les budgets miroirs

15 oct 2014

La relation client reste une sorte de maîtrise empirique de la manière dont on arrive à vendre une réalisation pour une certaine somme. Personnellement, je tente au maximum de réduire au maximum l’enveloppe et le périmètre afin d’être sûr que mon interlocuteur garde de la réserve pour des évolutions ou des corrections.

Le mode projet

Vous connaissez les chefs de projets ? Maintenant, demandez à un de vos chef de projets de vous définir ce qu’est un projet.

Je donne ma main à couper que 98% de ceux-ci ne sont pas capables de vous donner une définition juste de ce que le mot projet relève. Si on se réfère à wikipédia, on trouve :

Le fonctionnement en « mode projet » se distingue du fonctionnement en mode processus en ce sens qu’une activité conduite en mode projet n’est généralement pas destinée à être répétée : son côté « inédit et unique » souligne la probabilité d’être confronté à un environnement incertain, du fait de l’absence plus ou moins grande d’expériences ou de pratiques antérieures. Par ailleurs, un processus est destiné à durer et n’a pas, en général de date de fin prévue.

Le mode projet est « inédit et unique », il n’est pas destiné à être répété, il s’oppose au mode processus.

Le mode processus

La définition du mode processus :

Un processus est un ensemble d’activités corrélées ou interactives qui transforme des éléments d’entrée en éléments de sortie. Ces éléments sont soit des objets matériels (pouvant être perçus comme des flux par la logistique à des fins d’évaluation) soit des informations, soit les deux.

Le mode processus permet de transformer des informations en d’autres informations : un cahier des charges en pages HTML par exemple.

Un projet web

Il semble que l’inculture généralisée sévit dans les équipes web. Certains de transformer le monde et de participer à un avenir radieux, plutôt que de garder un regard cohérent sur sa situation, chacun se donne des « airs » en prenant pour un statut de poste le plus valorisant.
Nous connaissons d’ailleurs le ridicule de celui de chef de projets ; une personne qui ne dirige pas des hommes mais ces choses très immatériels que sont des projets.

Pour commencer à défricher le sujet admettons que le projet web ne désigne rien de précis et commençons par distinguer 2 choses : le mode projet (le développement) et le mode processus (la maintenance et édition du site).

Les budgets miroirs

Puisque nous savons tous qu’un « projet » rentable est avant tout un « projet » bien vendu. Posons seulement la question de ce qui est vendu lors d’un développement.

Comme nous pensons tous « projets » (transformation du monde), au moment de discuter budget, tout le monde parle du budget de transformation.

Ne vous êtes vous jamais dit : cette fonctionnalité ne sert à rien, cette fonctionnalité ne sera jamais utilisé… le client aurait mieux fait d’investir autrement.

On parle d’agilité, de manière de vendre, de saucissonnage en sprint ; mais avez vous seulement effectué cette opération simple : mettre en regard le budget de transformation avec le budget de maintenance.

Le budget de maintenance est le budget qui sera nécessaire pour faire vivre le site, améliorer des fonctionnalités, communiquer…

Essayer de présenter d’un côté les fonctionnalités que désire votre client et ce qu’il faudra qu’il débourse pour faire vivre le site : un salaire de rédacteur, un budget de maintenance avec vous…

A priori, si vous arrivez à présenter à votre client la gestion de son site avec une vision stratégique pour qu’il dure dans le temps, il est fort possible que vous arriviez soit à faire baisser la voilure du projet initial pour qu’il se concentre sur ce qui a de la valeur ou à mettre plus d’argent afin que les développements rentre dans un processus élargie d’édition de contenus.

Ce que vous ne verrez pas à Paris Web

03 juin 2014

La démarche de proposer un sujet à une conférence est déjà un bel effort en soit. Ne pas se voir sélectionné est toujours une petite déception étant donnée l’énergie investie et la croyance en son sujet. Mais les choses sont ainsi.

En tout cas, vous pouvez consulter les propositions de présentations qui n’ont pas été retenus, desfois que vous seriez intéressé pour que je vous les développe à une autre occasion.

Hacker son environnement pour améliorer son code

Étude de méthodes de vie en groupe basées sur l’entretien d’un écosystème participant au bien-être

Un environnement est constitué de relations diverses à : la lumière, le bruit, la chaleur, son bureau, ses outils,… mais aussi d’interactions entre êtres humains.

Pour que ces interactions portent leur fruits, il est nécessaire qu’il existe une relation d’égal à égal entre chacun et que des espaces des dialogues et d’expérimentations soient aménagés.

On pense que les sites doivent être adaptés aux souhaits des utilisateurs, qu’en est-il de votre espace à vous ? Votre espace de travail est-il bien adapté à votre manière de travailler avec vos collègues ?

Cette session vous propose une révolution perceptive à petite échelle. Hacker son environnement ou comment adopter une logique de prototypage et de petits pas au quotidien.

Présentation déjà réalisé aux RI2Caen le 25 avril 2014 : http://bertrandkeller.github.io/hacker-lespace/

Parler de l’innovation sociale en montrant qu’il faut penser à gérer la vie du groupe (équipe de développement, société,…) comme un tout.

Montrer qu’il faut maîtriser son outil de travail ET son espace pour appliquer la logique de prototypage et de petits pas.

Faites-le vous même – le Do It Yourself de vos bureaux

Travaillez en équipe et prototypez des objets de bureaux !

Lâchez les claviers et venez mettre en pratique vos talents manuels en construisant des objets de bureau à partir de matériel de récupération.

Bois, carton, cagette autant de manière de hacker votre espace de travail à pas cher. Libre à vous de partir sur des supports d’écrans, de tablettes ou encore des suspension pour pots de fleurs.

Site de la logique hackdesk : http://hackdesk.spintoapp.com/

L’objectif de l’intervention est libérer la pensée des développeurs en leur faisant prendre de leur corps conscience et de l’espace qu’ils habitent.

Le bricolage de bureau est un moyen de valoriser les compétences de chacun, de souder des équipes et de créer une vraie dynamique de satisfaction.

Pour penser les sites web et partager une perception mentale de leur architecture quoi de mieux que de se confronter à du matériel et de la hacker.

L’âge de l’Homme : rendre le développement web compatible au temps humain.

Changer notre approche rationnelle du développement et du management en quelque chose de plus humain.

L’utilisation de l’ordinateur a modifié les manières de travailler de toute l’industrie.

Pourtant, même si l’utilisation du numérique peut-être un moyen de faire de grandes économies d’échelle, on observe aussi qu’il peut-être aussi sujet à des dépenses inutiles et à des pertes de temps ridicules.
Si on prend l’exemple de l’accessibilité et de la qualité, ce n’est pas parce qu’on dépense beaucoup d’argent dans le respect de référentiels que le site va correspondre aux attentes des utilisateurs.
La conception demande d’inclure l’ensemble des participants à la conception de l’outil et de réaliser les modifications de manière à ce qu’elles correspondent au temps nécessaire à leur adoption.

Nous évoquerons comment éviter les oppositions stériles entre Développeurs, Concepteurs, Designeurs, Intégrateurs, etc.
Nous parlerons des pièges techniques pour ne pas être constamment dépendant d’un CMS ou autre technologie inadaptée.
Nous tenterons de penser un management dans lequel chacun peut avoir voix au chapitre.

Cette conférence parlera de l’humain, de son environnement et de son épanouissement au travail.
Nous démystifierons nos préjugés sur les relations au travail, nos rapports à la technique et notre quête permanente de bien être.

En collaboration avec Jonathan Pansiot

Sculpter ses <link> : avoir un <head> sain dans un <body> sain

Améliorer le contact humain pour construire des sites de qualité.

Vos journées de travail sont principalement faites de transmissions. Transmission avec vos clients, vos équipiers, vos supérieurs mais aussi vos subordonnés ou vos apprentis.

La transmission comporte un certain type de message et peut aller dans diverses directions : horizontale, verticale, transverse…

Et si la transformation du besoin en interface web était dépendante de la qualité du passage d’information ?

Voyons comment la réalisation d’un graphe relationnel peut aider à identifier les différents types d’informations qui vous touchent au quotidien. Ce graphe montrera comment se positionner face à ses interlocuteurs collègues et savoir quoi transmettre et comment le transmettre.

Nous verrons que cette démarche peut être le point de départ de l’amélioration ou de la construction de processus de conception adaptés à différentes situations.

Cette session invite les auditeurs à prendre du recul sur leur relation au travail et à leur montrer comment bien se positionner pour améliorer son quotidien et augmenter la confiance en soit et aux autres.

Elle sera destiné à des personnes travaillant dans des entreprises au sein d’équipes de différentes tailles mais aussi aux freelances afin de voir comment ils peuvent mieux se positionner avec leurs clients et avec d’autres freelances.

Sudweb 2014 : ce que j’ai retenu

20 mai 2014

Traverser le France depuis Rouen pour venir participer à une conférence d’à peine 2 jours, n’est pas, contrairement aux apparences, une perte financière. Sudweb, c’est de la résistance intellectuelle contre la simplification technique, c’est une organisation et une programmation aussi fine que de la dentelle.

La partage

Dans le monde du web, on évoque souvent le partage. Les média sociaux sont un grand espace de partage !

Sauf qu’avec le numérique, certes on communique des ressources à nos congénères, mais on n’est absolument pas certain que l’information ait été vraiment digérée. En réalité, sur nos sites, plutôt que « boutons de partage », on devrait dire « boutons de diffusion ».

Dans nos métiers, on vit cela au quotidien car on diffuse effectivement un paquet d’informations sur nos différents outils, mais que partage-t-on vraiment ? Parfois pas grand chose, et moins on partage moins le succès sera au rendez-vous.

Cette année à Sudweb, j’ai vu des conférences qui ne diffusaient pas du contenu mais se posaient toutes la question de la manière de partager des informations au sein d’une équipe.

Exemples en vrac

  • Créer, protéger et réparer la culture de son entreprise – Kevin Goldsmith
    => Partager une culture commune
  • Revoir la revue de code – Noëlie Andrieu
    => Partager la connaissance du code
  • Les commentaires sont plus importants que ça – Thomas Zilliox
    => Partager des informations sur la manière dont a été codé une fonction
  • Faire comprendre son métier – Rémi Parmentier
    => Partager son histoire et sa manière de faire
  • Mieux communiquer avec son équipe grâce à SASS – Kaelig Deloumeau-Prigent
    => Partager un référentiel commun
  • Briser la peur de dessiner – Eva-Lotta Lamm
    => Partager des idées à travers des dessins
  • JavaScript Coding Tips – Axel Rauschmayer
    => Partager des règles de codage

Le question de savoir si techniquement c’est possible ne peut pas être la première question à poser. Elle est d’importance moindre par rapport au fait de savoir si l’équipe est assez organisée et soudée pour suivre un objectif commun et mettre en place une culture commune ; qui lui permettra de s’adapter au mieux à différentes situations.

C’est à travers ce constat que j’ai initié ma démarche autour du hacking de bureau et proposé un atelier pour l’édition 2014.

L’histoire du web

Dans le train avec Romy et Alexandre, on discutait de la typographie et de conférences. On se posait la question de savoir ce qu’il était possible de présenter comme type de sujet aujourd’hui en se disant qu’il devait être bien compliqué pour une nouvelle tête d’imaginer les difficultés de compatibilité des navigateurs qui existaient encore il y a encore quelques années.

On a continué à pousser la discussion tant et si bien que Romy a proposé un atelier sur Comment enseigner l’intégration web ? avec Remy et Delphine.

De notre côté, avec Alexandre, on a proposé à Christophe de venir à Rouen présenter une conférence exclusive sur l’histoire du JS pour Codeurs en Seine.

Historiquement, l’homme s’est toujours raconté des histoires : légendes, contes, blagues… Ce qu’on se raconte nous permet de nous insérer dans la continuité de notre communauté. Sans histoire, l’homme vit dans le présent sans se poser de questions sur l’utilité de ce qu’il fait. Résultat il commet souvent les mêmes erreurs et vit parfois un mal-être dont il n’arrive pas à trouver l’origine.

On pourrait imaginer rédiger une petite histoire du web, proposer un sujet pour Sudweb 2015 sur le besoin de raconter le web ou créer le métier d’historien d’entreprise qui éduquerait les employés à l’histoire des techniques.

Mon atelier DIY

Je remercie du fond du cœur les organisateurs de la conférence pour m’avoir invité. J’ai investi énormément de temps sur ce sujet, avec pour objectif que des groupes de personnes se défoulent à plusieurs en partageant un moment de fierté.

sudweb-atelier-DIY-bertrand-keller

Mon premier atelier sur le sujet s’est très bien passé. J’ai pas mal d’idées pour l’étendre sur plus de temps en ajoutant le bouturage de plantes ou en se concentrant plus en détail sur la réalisation de la fiche documentaire pour le site : http://hackdesk.spintoapp.com/.

sudweb-atelier-DIY-cagette

J’espère avoir satisfait les participants et pouvoir organiser d’autres ateliers à d’autres occasions.


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