Critique de Simondon par Muriel Combes

Voici quelques extraits d'un livre de Muriel Combes (Simondon. Individu et collectivité). Simondon est un auteur particulièrement cité par Bernard Stiegler.

Tout l'effort de Simondon semble de vouloir abolir la séparation entre milieu intérieur et milieu extérieur alors que la connaissance et le langage sont justement cette séparation même, le détour du savoir et du concept par lequel nous n'avons qu'un accès indirect au réel. Le mot n'est pas la chose. Montaigne le disait déjà, "Nous n'avons aucun accès à l'être".

Ce n'est pas le milieu intérieur qui caractérise le vivant mais l'échange d'informations et d'énergie avec le milieu extérieur dans une boucle de régulation auto-adaptative. Si le vivant se définit par sa capacité de parer à l'imprévu, le réel auquel il est sensible lui est extérieur et d'abord inconnu. Il s'y adapte en tâtonnant à partir de ses préjugés.

Politiquement, les conséquences du ravalement de l'information à une nature physique sont bien connues : c'est le libéralisme et l'individualisme, le rejet de tout projet humain, en tout cas la négation de la politique puisque le citoyen exprime, comme chez Rousseau d'ailleurs, une part de la volonté générale qui lui préexiste. Le sujet est pré-individuel, nation ou race. C'est le contraire d'une démocratie délibérative où le consensus qui rassemble une diversité initiale se construit par la rencontre, la parole et la raison.

Apparemment, Muriel Combes critique les pensées de Simondon qui ferait une différence trop distincte entre l'intérieur et l'extérieur. Simondon oublierait le caractère humain de notre être en l'associant uniquement un concept physique d'information.

Il faudrait y réintroduire le langage, la rétroaction, les régulations et l'idée de projet collectif qui nous réunit dans l'action (comme de porter une armoire à plusieurs). Plutôt que de nous enfermer dans nos singularités et laisser nos sociétés et nos vies exposées à l'entropie physique, nous devons utiliser les informations disponibles pour préserver notre avenir, résoudre ensemble les problèmes collectifs, construire un projet politique qui nous rassemble dans nos diversités et permette un véritable développement humain.

L'enjeu on le voit est considérable, contre le monde des causes, des lois naturelles et d'un obscur originaire, le retour aux finalités humaines, aux lumières de la raison et du dialogue politique, mais délestés de l'idéologie du progrès : passage de l'histoire subie à l'histoire conçue, de l'irresponsabilité au souci des conséquences de nos actes, investissement dans l'avenir pour donner sens à notre existence et rendre notre monde durable, donner forme à l'humanité à venir, sauver cet improbable miracle d'exister.

Il faut cesser de croire au progrès pour prendre en main notre destin et préserver notre avenir, résister à l'entropie au-delà de notre vie.

Je me pose néanmoins la question de savoir si Muriel Combes n'aurait pas oublié certaines parties de la réflexion de Simondon, complétés par Laurent Nottale avec la Théorie de la Relativité d'Echelle : une tentative qui vise à concevoir une théorie géométrique de l'espace-temps valable à toutes les échelles.